Sur le littoral, le boom des résidences secondaires aux premières loges de la campagne municipale

Dans plusieurs communes du littoral du Nord – Pas-de-Calais, la part des résidences secondaires est parfois plus importante que celle des résidences principales. Entre attractivité des territoires et droits des locaux à se loger, le sujet s’est invité dans la campagne municipale.  


Dans la région Hauts-de-France, quatre résidences secondaires sur dix sont concentrées dans une intercommunalité du littoral. Résultat, la côte d’Opale compte 52 800 logements vides la plus grande partie de l’année. Wissant est un exemple emblématique : 70 % de son parc immobilier est composé de résidences secondaires. Si ce phénomène peuvent stimuler l’économie locale des villes côtières, en dopant le secteur de la construction et du tourisme, ces villégiatures occupées seulement quelques semaines par an déséquilibrent le marché de l’immobilier. Au point que certains maires ont décidé de réagir. Quitte à fâcher une partie de leurs administrés.

De la colère à la liste d’opposition

À Merlimont (Pas-de-Calais), la surtaxe sur les résidences secondaires, imposée par la municipalité depuis 2023, ne fait pas consensus. Dans cette ville, 3 600 des 5 200 logements sont des résidences secondaires. Ce qui a poussé la municipalité en place à voter le taux maximum de 60 % pour la taxe d’habitation sur les résidences secondaires (THRS). Cet impôt local, calculé selon la valeur locative du logement et le taux d’imposition voté par la commune, sert à financer les services publics de la ville. « On a plus de 70 % de résidences secondaires et la plupart sont fermées au moins dix mois dans l’année. L’idée, c’était vraiment d’inciter les résidents secondaires à louer leurs biens », justifie la maire de la ville, Mary Bonvoisin. « Incitative » ou pas, la taxe n’a pas plu à ces résidents occasionnels. La surtaxe représente « en moyenne 168 euros par résidence secondaire », tempère Mary Bonvoisin dans un entretien donné à la Banque des territoires. Ses opposants, eux, dégainent un chiffre plus élevé, de l’ordre de « 350 à 500 € » par an.

« On a vécu ça comme une véritable trahison », déplore Thierry Pamart, fondateur du collectif Nouveau Souffle, créé en 2024 par les résidents secondaires de la ville en réaction à la surtaxe. Originaire du Douaisis, le retraité a acheté à Merlimont il y a trente ans dans l’espoir de louer son bien, mais il regrette de n’avoir jamais pu mener ses aspirations à bien. « Il y a trop de contraintes, notamment sur les normes énergétiques. Deux tiers des habitations de la ville ne sont pas louables car elles ont été conçues comme des résidences de vacances. La location demanderait trop d’investissements », explique-t-il. Pour lui, comme pour bon nombre de résidents secondaires de Merlimont, « la surtaxe est perçue comme une punition et non pas une incitation ».

Le point de crispation le plus fort : le manque de réinvestissement financier de la part de la commune. Les détracteurs de Mary Bonvoisin pointent que malgré les 594 000€ de recettes générées par la taxe, Merlimont n’a pas résolu ses problèmes de tensions sur le logement. L’argent aurait surtout servi, selon eux, à rénover la voirie sur le secteur de la plage. « Payer des impôts, ce n’est pas le problème, plaide Thierry Pamart. Ce qu’on reproche, c’est que cette dépense ne flèche pas dans l’investissement et en faveur du logement. En dix ans, seulement cinq logements sociaux ont été construits. C’est ridiculement bas ». 

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Alors le collectif Nouveau Souffle s’est organisé. Il s’est constitué en association, avant de donner naissance à une liste d’opposition pour l’élection municipale des 15 et 22 mars prochains. Près de 400 familles ont rejoint le mouvement, dont des résidents secondaires, mais aussi des habitants permanents. Cette liste sans étiquette politique se veut représentative de l’ensemble des Merlimontois : « Il y a aussi des locataires, des jeunes, des retraités …  Pour nous, c’était la dernière solution : mettre la pression sur la maire et son équipe municipale. Et en même temps proposer une alternative crédible à son fonctionnement ». À la tête de cette liste électorale, Alain Boulanger affiche son « engagement de baisser la taxe d’habitation jusqu’à la supprimer progressivement en fonction des dépenses de la commune ». Il prône aussi un urbanisme maîtrisé grâce à « une charte des promoteurs imposant un quota de résidences principales ».


52 800 résidences secondaires sont situées dans une intercommunalité côtière, soit 42 % des résidences secondaires de la région. (Source : Insee)


Un enjeu commun sur le littoral 

Le sujet des résidences secondaires ne mobilise pas qu’à Merlimont. C’est aussi le cas dans d’autres villes côtières, où la tendance est à une plus stricte régulation. À Wimereux par exemple, le candidat à la municipalité, Didier Sergent, prévoit de freiner la progression des résidences secondaires, dans une ville où leur proportion a grimpé de 30 %, entre 2016 et 2022. 

À Berck, les candidats se saisissent également du sujet. Cette commune est un cas d’école : la part de résidents secondaires a dépassé la part des habitants permanents. Pour Jean-Luc Bouvier, candidat de la liste d’opposition, le déclin démographique de la ville aurait une explication. « Malgré les nouvelles constructions, la population permanente baisse encore : la plupart des logements sont achetés comme résidences secondaires ». Entre 2011 et 2022, la part des résidences secondaires est passée de 11 % à 40 % tandis que la population locale refluait de 15 171 à 12 967 habitants. « De nombreux programmes immobiliers ont été autorisés sans bénéficier aux Berckois, reprend Jean-Luc Bouvier. Près de 1 600 demandes de logements restent en attente. Le coût de l’immobilier et des loyers est devenu exorbitant, poussant les habitants hors de leur ville », déclarait Jean-Luc Bouvier à La Voix du Nord, en janvier dernier. Celui qui a fait de la participation citoyenne une clé de voûte de son programme formule des propositions concrètes pour résoudre les problématiques de logements. En plus d’un « plan de construction de nouveaux logements à loyers modérés, adaptés aux jeunes, aux familles et aux seniors », il souhaite mettre en place une « régulation des résidences secondaires et des locations touristiques qui permettra de maintenir un équilibre entre vie locale et activité saisonnière »

Gabrielle Fromont

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