À l’Alma, quartier le plus pauvre de Roubaix, tout est en attente. Démolition, réhabilitation ou rénovation… Divers scénarios sont sur la table avant les élections municipales des 15 et 22 mars, alors que la déconstruction d’une partie de la zone a commencé. Retour sur un quartier en apnée, à quelques jours d’un scrutin décisif pour son avenir.
« La mobilisation du quartier de l’Alma est exemplaire ». En novembre 2024, David Guiraud, député La France insoumise de Roubaix, d’ores et déjà candidat à la mairie, est clair et net, à quelques mètres des murs anti-émeute érigés rue d’Archimède. Son souhait ? « Une France où ce sont les habitants du quartier qui décident et pas des gens complètement paumés dans leur hôtel de ville. » Ce jour-là, une cinquantaine de personnes ont tenté d’empêcher la démolition d’une partie du quartier de l’Alma, alors que les bailleurs 3F logis et LMH donnaient leurs premiers coups de pelleteuse. Quartier emblématique de la ville, rénové dans les années 70, l’Alma est le fruit d’un atelier populaire d’urbanisme. Le premier que la région ait connu, dans lequel citoyens et urbanistes ont imaginé les contours de grands ensembles, pensés pour et par les habitants.
En 2026, l’Alma s’est endormie. Presque laissée à l’abandon. Les tracts ont disparu, les rues sont désertées. « Avec les démolitions, des centaines de familles sont parties. On attend les élections municipales pour voir ce qu’il va se passer, » souffle Ghalia Ogab, accompagnante au centre social de l’Alma. Acté en 2020, voté en 2021, le programme de rénovation urbaine aura attendu l’aube de l’année 2025 pour être mis en application. « Depuis, on ne sait que très peu de choses, souffle Ghalia Ogab, on ne fait que constater que des barres d’immeubles se vident. »
Près d’un tiers des 1 500 logements sociaux du quartier, qui regroupent 7 000 habitants, vont être démolis. « Il faut tout détruire, gronde Mohammed, il n’y a plus d’espoir pour l’Alma. Les logements sont devenus pires qu’un bidonville ». À 40 ans, le restaurateur a choisi de quitter le quartier, dégoûté par son abandon : « Dans les années 2000, je m’investissais pour redorer l’image du quartier. Années après années, les mairies n’ont rien changé et j’ai fini par quitter Roubaix pour Tourcoing », conclut-il. Face à lui, ce jour-là, la carcasse métallique de l’ancien local de l’Adie, l’association où les jeunes pouvaient venir chercher de l’emploi. Depuis son déménagement en 2016 en dehors du quartier, il n’a jamais été remplacé.
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« Pas une grande perte architecturale »
« La mairie s’est désintéressée du dossier Alma et s’est réveillée après des années de délaissement des habitants », abondait David Guiraud dans nos colonnes, en mai 2024. Dans son programme, celui qui est donné favori à l’hôtel de ville défend un droit au maintien dans les lieux : « Chaque habitant doit pouvoir choisir réellement son lieu de vie et ne pas être assigné à résidence ». Même son de cloche chez Karim Amrouni, candidat soutenu par le Parti socialiste, qui veut « stopper les démolitions inutiles » dans le quartier pour mieux le « réhabiliter ». L’orthodontiste, qui brigue une seconde fois la mairie, a tenu une maison médicale au sud du quartier. Engagé de longue date pour l’arrêt des démolitions, il dénonce des méthodes « d’humiliation des habitants », forcés à déménager pour appliquer le programme Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine).
Au contraire, Alexandre Garcin, qui vient de prendre la tête de la mairie en remplacement de Guillaume Delbar, condamné pour escroquerie, a choqué de nombreux Roubaisiens : « On peut comprendre l’attachement aux bâtiments historiques de l’Alma, mais ce ne sera pas une grande perte architecturale ». Pour le collectif Non à la démolition du quartier de l’Alma, cette sortie a pour vocation de « piétiner [leur] histoire, [leur] identité, [leur] quartier et [leur] intelligence ». De quoi donner des consignes de vote ? Dans tous les cas, « la lutte continue », indiquait le collectif sur son compte Facebook, en décembre dernier. Malgré des chiffres d’abstention record qui se succèdent à l’Aslma, année après année, élection après élection, ce scrutin résonne différemment. « Pour une fois, c’est sûr que je compte aller voter », ricane Stéphane, sans indiquer pour qui il compte se déplacer à l’école communale.
Théo Guimier

