Le 15 mars, le maire de Carvin se présente pour son cinquième mandat après 25 ans de règne et trois victoires au premier tour. Face à lui, un RN triomphant lors des législatives, mais moins dominateur localement. Et en guise de troisième homme, une liste « éco-citoyenne » qui espère faire son trou.
A Carvin, la gauche à la mairie, cela remonte à avant la Libération. Mais après des années de domination socialiste et communiste, la commune du bassin minier fait partie de ces villes du Nord – Pas-De-Calais qui pourraient basculer à l’extrême droite,dans le sillage de sa voisine Hénin-Beaumont.
Le maire sortant, Philippe Kemel, y est élu depuis 2001 sur une étiquette socialiste. Après avoir tardé à annoncer sa candidature, il se présente finalement pour un cinquième mandat à la tête d’une liste « Ensemble pour Carvin » dans la continuité de son équipe actuelle. Également vice-président de la communauté d’agglomération Hénin-Carvin, l’enseignant-chercheur en économie est un cador de la scène politique locale. Vice-président du conseil de l’ex-région Nord – Pas-de-Calais pendant 8 ans, il fut également député de la 11e circonscription du Pas-de-Calais. Un siège obtenu en 2012 face à Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, mais repris cinq ans plus tard par la patronne du Rassemblement national. Cette dernière occupe toujours le poste, en attendant la décision en appel sur sa condamnation à une peine d’inéligibilité dans l’affaire des assistants parlementaires du RN.
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Un RN encore minoritaire
La tête de liste RN, Arnaud de Rigné, est par ailleurs attachée parlementaire de la députée. Ancien fonctionnaire territorial à Hénin-Beaumont et conseiller régional depuis 2024, il mène sa deuxième campagne à Carvin. En 2020, alors âgé 23 ans, il avait obtenu 5 sièges et la tête de l’opposition. Le candidat le plus expérimenté de sa liste « Rendre Carvin plus belle, plus sûre, plus juste ! » est Philippe Boursaud, conseiller municipal depuis la première percée du RN dans la commune, en 2014.
Au milieu de ce duel, deux listes « citoyennes » avaient initialement annoncé partir en campagne. « Renouveau démocratique pour Carvin » dirigée par Dominique Pagano et « Carvin à venir » menée par Laurent Dernoncourt. Mais faute de candidats suffisants, seule la seconde concourra le 15 mars. Revendiquant une ligne « éco-citoyenne », Laurent Denoncourt, par ailleurs élu de la majorité divers gauche de Divion dans le Pas-de-Calais, n’est pas « inféodé à un parti » affirmait-il récemment à la Voix du Nord. En troisième position de sa liste, on retrouve Bruno Mézère, tête de liste écologiste en 2020. À noter également la présence des sœurs Ruquois, les militantes pour l’accessibilité évoquées dans nos colonnes, en 28e et 30e positions, sans grandes chances d’êtres élues.
Une majorité qui résiste, mais un RN menaçant
Jusqu’à présent, Philippe Kemel avait toujours bénéficié d’une avance confortable sur les autres prétendants à la mairie. Élu dès le premier tour en 2001, 2008 et 2020, il n’a été poussé au second tour qu’en 2014. Cette année-là, au moment où Steeve Briois arrachait Hénin-Beaumont, le Front national de Carvin prenait la place de l’opposition communiste en raflant six sièges. Devenu Rassemblement national, le parti n’a pas réussi à transformer l’essai en 2020, ne récoltant que cinq sièges, malgré la victoire de sa présidente dans la circonscription en 2017.
En théorie, le RN semble pourtant disposer d’un réservoir de voix confortable dans la commune. Aux législatives de 2024, Marine Le Pen avait récolté près de 4 000 voix carvinoises, soit plus que les plus de 2 600 qui avaient élu maire Philippe Kemel en 2020, dans le contexte exceptionnel de la crise sanitaire.
Pour mobiliser, le candidat du parti à la flamme a ouvert le bal des propositions par la réduction de la dette municipale de plus de 60 millions d’euros, suivi de la création d’une police municipale présente en permanence dans la commune.
La liste « éco-citoyenne », quant à elle, met en avant sa consultation de la population à coup de questionnaires et de tractages depuis novembre. Au premier plan des mesures annoncées, des projets d’aménagement comptant notamment la création d’un « relais solidaire » et la rénovation de la grande salle de spectacle de la commune.
Enfin, la majorité sortante mise sur la continuité avec un projet élaboré « en écoutant le conseil social et environnemental » de la commune, qui a accouché de 160 comprenant notamment des efforts de végétalisation et le passage de 38 à 60 kilomètres de pistes cyclables.
Axel Favrot

