En s’imposant largement face à une majorité sortante essoufflée, David Guiraud transforme son essai législatif en ancrage municipal. Entre ferveur populaire et dossiers brûlants comme la rénovation urbaine, le nouveau maire doit désormais composer avec un électorat qui célèbre sa victoire sans toujours passer par l’isoloir.
« Je serai le premier Français en huit ans de macronisme à qui il suffirait de traverser la rue pour trouver du travail », assurait David Guiraud en octobre dernier, s’amusant d’une sortie d’Emmanuel Macron. Ce dimanche soir, aux alentours de 20 heures, la boutade a pris des airs de prophétie. Le candidat de La France insoumise (LFI) a quitté son quartier général de campagne pour parcourir les quelques mètres qui le séparent de l’hôtel de ville de Roubaix.
Pour se frayer un chemin jusqu’aux marches du bureau de son prédécesseur, l’élu a dû fendre une foule compacte. Après quinze minutes de huis clos, loin du tumulte des smartphones et des caméras des médias, l’ancien et le nouveau maire sont apparus au balcon du grand hall. Dans un brouhaha à peine couvert par la clameur des partisans, le maire sortant a acté sa défaite : David Guiraud l’emporte avec 53,1 % des suffrages, reléguant Alexandre Garcin (divers droite) à 25,5 %. Derrière, le paysage est dévasté : Karim Amrouni (DVG), autrefois perçu comme le challenger naturel, s’effondre à 11,3 %, tandis que le Rassemblement national, quasi invisible durant la campagne, termine sa course à 9,9 %.
« Roubaix, c’est la France »
À peine installé, le nouveau maire a tenu à rassurer son socle. Sur les dossiers qui ont fracturé la ville, le ton est à la rupture. Le parc des Sports ? « Il ne sera pas à vendre », a-t-il martelé, enterrant le projet de privatisation porté par l’ancienne majorité. Quant au projet de rénovation urbaine de l’Alma, qui suscite la colère des habitants depuis 2020, Guiraud promet de transformer la lutte contre les démolitions en « grande victoire ».
Dans le hall de la mairie, l’ambiance vire à la célébration patriotique. On entonne La Marseillaise. « Regarder flotter les drapeaux de notre patrie dans la mairie nous rappelle qu’à Roubaix, nous avons une grande idée de ce qu’est notre pays », a lancé le nouveau maire au micro. « Il nous rappelle que Roubaix, c’est la France. La ville aux 100 nationalités adresse à la nation l’envie de vivre ensemble et la puissance de la fierté retrouvée. » Près de lui, un jeune homme manifeste son soulagement : « Au moins, il n’y aura pas de racisme avec LFI, nous sommes contents. »
Le paradoxe du réservoir de voix
Pourtant, derrière le triomphe comptable, une ombre persiste sur le tableau : celle de l’abstention. Le pari de la mobilisation, érigé en mantra par l’état-major insoumis, a échoué. Avec 37,4 % de participation, un chiffre inférieur de 0,2 point par rapport au premier tour, Roubaix reste une ville qui boude les urnes. David Guiraud est élu maire avec 9 723 voix sur un corps électoral de près de 50 000 inscrits.
Le paradoxe roubaisien s’incarne sur le trottoir d’en face, devant le local de campagne où la fête se prolonge. Noussa et Zain, 24 et 26 ans, affichent des sourires radieux. Ils voient en Guiraud « l’homme du changement ». Pourtant, ni l’un ni l’autre n’a glissé de bulletin dans l’urne ce dimanche. La première invoque un problème d’inscription sur les listes ; le second un « manque de temps ». Tous deux s’apprêtent pourtant à camper une partie de la nuit pour célébrer « leur » champion. C’est peut-être là le défi majeur du mandat qui s’ouvre : transformer cette adhésion de rue en un engagement citoyen pérenne.
Boubacar Sidiki Haidara

