La lutte contre les inondations, le « non-sujet » des campagnes municipales dans le bassin de l’Aa et de l’Audomarois

Deux ans après les crues historiques qui ont dévasté l’Audomarois (arrondissement de Saint-Omer dans le Pas-de-Calais), les élections municipales auront un rôle décisif dans l’avenir de plus de 350 communes reconnues en état de catastrophe naturelle dans la région des Hauts-de-France. Selon une association de lutte contre les inondations présente dans la région, la prévention est pourtant devenue le « non-sujet » des programmes des candidats.

Pour Noël Bodelle, président de l’association Stop Inondations Pays de l’Audomarois, le constat est amer. Malgré l’ampleur des catastrophes passées, dans un département où les crues de l’hiver 2023-2024 ont traumatisé près de 540 000 habitants, le sujet des inondations concerne autant qu’il « dérange». Pire que cela, il n’est « pas porteur politiquement » à l’aube des élections municipales.

Constituée de plus de 200 bénévoles, l’association reconnue d’utilité publique a été créé suite aux inondations d’il y a deux ans, et s’est constituée un réseau de référents dans 16 communes de l’Audomarois pour servir de relais entre les sinistrés et les administrations comme la Préfecture. « J’ai toujours pensé que les inondations seraient un sujet majeur (des élections municipales) et je m’aperçois qu’en fin de compte, on nous en parle, mais surtout dans le thème « apprendre à vivre avec » plutôt que l’empêcher », déplore-t-il.

En analysant les programmes des candidats de plusieurs communes du Nord et du Pas-de-Calais, situées dans le bassin de l’Aa et de l’Audomarois et touchées par des crues et des inondations ces dernières années, le constat est similaire. Si les inondations sont mentionnées, c’est presque exclusivement sous l’angle du curatif.

« Vivre avec », un aveu d’impuissance ?

La lutte contre les inondations est une compétence des intercommunalités, s’inscrivant dans un projet de territoire. Mais lors des catastrophes, les mairies sont en première ligne de la gestion de crise et de la peur des habitants.

À Wizernes (Pas-de-Calais), berceau de l’association, les programmes des candidats mettent en avant l’accompagnement des sinistrés et l’anticipation des dégâts plutôt que la suppression de la menace. Dominique Lanoy, candidat d’une liste « plurielle et diverse», propose ainsi de travailler sur la « vulnérabilité » de la commune, pour « anticiper les dégâts » et « mobiliser les citoyens » une fois l’événement survenu. Son concurrent « sans étiquette », Laurent Brunet, qui affirme avoir créé sa liste spécifiquement après avoir observé la gestion municipale des crues, mise quant à lui sur la création d’une « réserve communale » de bénévoles formés pour intervenir en cas d’urgence, détaille la Voix du Nord.

À Blendecques (Pas-de-Calais), commune la plus durement touchée par les inondations de l’Aa lors de l’hiver 2023-2024, le programme de Jean-Christophe Castelain, à la tête d’une liste « sans esprit partisan », met en avant la « reconstruction de la nouvelle école maternelle », un projet né de la nécessité de déplacer les enfants hors des zones vulnérables aux inondations. Son opposant, David Capitaine, à la tête d’une liste « divers-gauche », érige ce même constat, plaçant le déplacement de l’école et la réfection des ponts de la commune – fragilisés par les eaux – en dossiers « essentiels ».

Cette politique du « vivre avec» est vivement critiquée par Noël Bodelle, qui parle d’une certaine « idéologie du renoncement », palliant l’imprévisible des catastrophes à des mesures comme la création de milices civiles ou le déplacement de bâtiments publics. L’association réclame et recommande de son côté des actions concrètes pour bloquer l’eau en amont des communes avec un nettoyage systématique des fossés, des poses de fascines (obstacles aux coulées de boue), et une entraide avec les agriculteurs pour limiter le ruissellement des champs. Des propositions à peine effleurées par les candidats des diverses communes du bassin de l’Aa, pourtant sujette à de multiples débordements.

Course à deux vitesses

L’urgence climatique dans le Nord et le Pas-de-Calais s’accélère. « Une goutte d’eau qui mettait autrefois 3 jours pour descendre de Bourthes à Saint-Omer ne met plus que 13 heures aujourd’hui », alerte Noël Bodelle. Dans cette course contre la montre, certains maires sortants tentent de rassurer les citoyens avec des investissements massifs dans des travaux de curage et de pompage des eaux, notamment de la Lys et de la Bourre comme à Merville (Nord).

Joël Duyck, le maire sortant, a réalisé un engagement de « 10 millions d’euros », dans des travaux de ce type, promettant aux habitants qu’ils n’auraient plus « les pieds dans l’eau ». Une assurance que sa rivale, Martine Lorphelin, tempère immédiatement : « Personne ne connaît les conséquences du changement climatique », rétorque-t-elle, citée par la Voix du Nord dans cet autre article. Le troisième candidat, issu d’une liste de gauche, Boris Nugou, plaide quant à lui pour un travail avec tous les acteurs, proposant de travailler davantage sur les épisodes de sécheresses et d’éviter les terrains inondés.

S’engager sur le terrain de la prévention des inondations impose des investissements coûteux. Une voie que beaucoup d’élus hésitent à prendre, préférant des actions, des projets et « des thématiques plus consensuelles », davantage tournées sur l’angle de l’économie locale plutôt que du scénario catastrophe, constate Noël Bodelle, qui a renoncé à monter une liste pour les élections municipales en raison de son âge et de problèmes de santé. Un autre obstacle majeur s’invite aussi dans les débats : l’inertie des procédures administratives suite aux inondations, qui marcherait « avec des chaussures de plomb », constate l’association.

Aujourd’hui, « il faut compter 18 mois à 2 ans pour qu’un résultat de bureau d’étude aboutisse, et encore 3 ans pour qu’on trouve l’argent » nécessaire aux reconstructions, détaille le président. Dans l’intervalle, la réalité du terrain évolue et les données deviennent caduques avant même que des solutions soient appliquées. Un thème, là encore, très peu abordé par les candidats.

Claire Fieux

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