Le candidat de La France insoumise David Guiraud a survolé le premier tour des élections municipales à Roubaix et reste grand favori pour le second scrutin, sans front anti-LFI. Mais la ferveur autour des scores de l’insoumis ne doit pas occulter une autre réalité : les Roubaisiens se sont peu déplacés aux urnes.
Avec 46,6 % des suffrages exprimés, David Guiraud, tête de liste de La France insoumise, a écrasé la concurrence le 15 mars, frôlant l’élection au premier tour. Face à lui, le maire sortant Alexandre Garcin (divers droite) n’a récolté que 20 % des voix, le représentant de l’union de la gauche (PS-PCF-Écologistes) Karim Amrouni 16,7 %, et la liste du Rassemblement national menée par Céline Sayah 11,9 %, se qualifiant de justesse pour le second tour.
Dans cette quadrangulaire, le second scrutin du dimanche 22 mars semble être une formalité pour le favori, sans front anti-LFI et sans alliance de la droite avec le RN. Aucun de ses principaux concurrents politiques ne semble en mesure de barrer la route à l’insoumis. L’enjeu principal de la liste de David Guiraud n’est donc plus de l’emporter, mais de contenir l’abstention et « d’être élu par le plus de Roubaisiens et de Roubaisiennes », a défendu le candidat devant ses militants après l’annonce des résultats du premier tour. Malgré l’appel de l’insoumis, de nombreux habitants du quartier de l’Alma, interrogés par La Bataille des beffrois, n’ont pas l’intention de se rendre aux urnes dimanche prochain. « Avant, je votais un peu, mais rien ne changeait », soupire un résident de ce quartier populaire.
La vague Guiraud dans les quartiers populaires
Comme l’annonçait ce lundi La Voix du Nord, 40 des 45 bureaux de vote roubaisiens ont été remportés par David Guiraud au premier tour, et il représente plus de 50 % des voix dans 24 d’entre eux. La vague Guiraud est tangible dans les quartiers nord très populaires, où l’insoumis réalise son meilleur score (70,6 %) dans un bureau du quartier de l’Alma (n°122), talonné par un bureau de vote du quartier de l’Épeule (n°172) avec plus de 68 % des votes.
Le représentant LFI a par exemple pu compter sur le vote de Zohra, 31 ans, habitante du quartier de l’Alma : « J’ai voté pour David Guiraud, la dernière fois et la prochaine aussi. J’en ai parlé avec les enfants et on a décidé que je voterais pour lui. Je n’ai pas encore lu son programme, mais j’ai confiance parce que c’est lui ».
Si David Guiraud a conquis le cœur des électeurs des quartiers populaires, son aura pâlit dans ceux situés au sud-ouest de la ville, notamment autour du Parc Barbieux. Là, le maire sortant Alexandre Garcin (divers droite) est en tête, avec 49,6 % des voix dans le bureau de vote 11, et un taux de participation de 65 %. Le lien entre participation et choix d’un candidat n’est cependant pas établi : dans d’autres bureaux de vote, comme dans le 115, David Guiraud est en tête avec un taux de participation qui frôle les 51 %.
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Au total, sur les 49 775 électeurs inscrits sur les listes électorales de la commune, seuls 18 355 se sont déplacés dimanche 15 mars, et 8 560 ont déposé un vote David Guiraud dans l’urne… soit 17,2 % des électeurs inscrits.
« Ici, personne ne vote », dans le quartier de l’Alma, l’abstention largement en tête
Dans les rues bordées de bâtiments en cours de destruction, politique rime, pour nombre d’habitants du quartier de l’Alma, avec méfiance, mépris, ou désintérêt. La participation au premier tour des élections municipales dans le quartier populaire le confirme : sur les 1 129 inscrits, seulement 332 habitants se sont rendus aux urnes du bureau de vote 122. Le résultat désigne ainsi plus de 73 % des inscrits comme abstentionnistes, un chiffre plus important que pour le reste de la ville dont le taux d’abstention frôle les 63 %.
Parmi eux, Samir, 40 ans : « Ici, personne n’a voté. On a entendu tellement de mensonges, ceux qu’on a voulu élire ont été élus et nous, on n’a rien eu du tout », confie le père de famille. Depuis plus d’une dizaine d’années, un projet de rénovation urbaine cristallise les tensions entre la municipalité et les habitants du quartier. « Dans ces rues, tout a été détruit ou fermé, même les terrains de basket et de foot », déplore Samir.
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David Guiraud, arrivé en tête dimanche dernier, ne semble pas avoir convaincu l’habitant. Dans sa famille, la politique est un non-sujet. Aux élections municipales ou à la présidentielle, ils ont choisi de se ranger du côté de l’abstention. Dimanche prochain, Samir assure ne pas prévoir de se rendre aux urnes, avant d’ajouter : « Je connais David Guiraud à travers le sport, je sais que c’est quelqu’un de très présent à Roubaix, mais même là, je n’y crois pas. »
Soutenir David Guiraud, une affaire de famille
Recruter les abstentionnistes, David Guiraud en a fait le leitmotiv de son discours prononcé à l’annonce des résultats du premier tour. « Il faut aller chercher tout le monde dimanche prochain pour envoyer un signal au pays entier », a clamé le candidat devant des militants en liesse.
Dans les familles, le soutien à David Guiraud semble envahir toutes les discussions. « Mon père m’a dit de voter pour lui, il a de beaux projets », confie Sarah, 23 ans. Si la jeune roubaisienne n’a pas voté au premier tour, elle compte bien se déplacer sur les conseils de ses proches pour le second tour. Sow a grandi à l’Alma, et pour lui, « c’est sûr et certain », dimanche prochain sa voix est déjà acquise à la tête de liste de la France insoumise. « Ma famille, mes amis m’ont dit de voter pour lui », confie le trentenaire.
Certains habitants du quartier populaire restent malgré tout perplexes sur la candidature de l’insoumis. Parmi eux, Hasnae : « J’ai suivi sa campagne depuis le début, son programme est intéressant, il a défendu beaucoup de sujets importants pour la ville comme le logement, la situation financière, la petite enfance », explique la résidente. Seule ombre au tableau, une campagne que la Roubaisienne juge « violente et très agressive ». Si la jeune maman soutient avec ferveur le représentant de l’union de la gauche Karim Amrouni, c’est avant tout parce qu’elle ne veut pas « d’une personne comme David Guiraud » pour diriger la ville de 100 000 habitants, dont le passage sous drapeau LFI marquerait un tournant pour le mouvement.
Solenn Lecat et Kenza Lacheb

