Battu aux législatives de 2024 dans son fief nordiste, le secrétaire national du PCF brigue un nouveau mandat à Saint-Amand-les-Eaux, dont il est maire depuis janvier 2025. Face à une liste citoyenne au fort ancrage local et à une alliance de la droite et de l’extrême droite, le scrutin pourrait être un éprouvant test de survie politique pour Fabien Roussel.
Les ambitions politiques de Fabien Roussel se seraient-elles restreintes à la mairie de Saint-Amand-les-Eaux ? C’est ce qu’a laissé entendre le secrétaire national du Parti communiste français (PCF) durant sa campagne pour les élections municipales dans la ville thermale de 16 000 habitants, au nord de Valenciennes. « Je souhaite être à vos côtés et rester pleinement votre maire durant tout le prochain mandat », écrivait dans son annonce de candidature celui qui a hérité de l’écharpe d’édile en janvier 2025, semblant négliger les futures échéances nationales. Fragilisé par une défaite dès le premier tour des élections législatives de 2024 face au candidat du Rassemblement national (RN) Guillaume Florquin, l’ancien prétendant à la fonction suprême est en quête de légitimité sur le terrain local, à un peu plus d’un an d’un nouveau scrutin présidentiel. Au premier tour des élections législatives de 2024, le RN est arrivé en tête à Saint-Amand, avec 41,6 % des voix.
Pour s’imposer, le candidat à sa propre succession devra devancer la liste citoyenne d’un ancien camarade aujourd’hui dissident, Eric Renaud, ex-encarté au PCF. Saint-Amand-les-Eaux est communiste depuis 1995 et l’élection d’Alain Bocquet, qui n’a transmis son écharpe que l’année dernière à Fabien Roussel. Le dissident fut un temps premier adjoint de ce proche de Georges Marchais, avant d’être écarté au profit de l’actuel secrétaire national du PCF. Amer, Eric Renaud mise sur son ancrage local et son « indépendance des partis » pour se distinguer de la stature nationale du maire sortant et pour lui rappeler que la notoriété peut aussi se retourner contre celui qui la porte. Arrivé deuxième aux élections municipales de 2020, remportées dès le premier tour par Alain Bocquet avec 51 % des voix, le candidat citoyen veut croire que l’élection « n’a jamais été aussi ouverte » pour la bourgade.
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Alliance de la droite et de l’extrême droite
Les menaces sur l’avenir politique de Fabien Roussel viennent aussi de la droite et de l’extrême droite, représentées par la liste d’Eric Castelain, Unis pour Saint-Amand. Déjà candidat en 2020, il était alors arrivé quatrième, devancé par Guillaume Florquin avant que celui-ci ne devienne le député RN de la circonscription. Les deux hommes, concurrents il y a cinq ans, ont depuis pour priorité partagée de prendre la commune à la gauche. Castelain figurait dès 2021 sur la liste RN de Sébastien Chenu aux élections régionales et cette fois, le logo lepéniste s’affiche directement sur les affiches de sa campagne. Le député Florquin s’est déplacé pour l’inauguration de la permanence d’Eric Castelain début février, puis pour la présentation de son programme le 1er mars. La liste est par ailleurs soutenue par l’Union des droites pour la République (UDR) d’Eric Ciotti. En 2020, Castelain avait obtenu 8,5% des suffrages et Florquin, 11,7%.
Si certaines mesures mises en avant par la liste de droite et d’extrême droite, comme la construction d’un cimetière pour animaux, l’amélioration des liaisons cyclables ou l’installation de bornes de recharge pour voitures électriques en centre-ville, semblent assez consensuelles, sans surprise, l’accent est également mis sur la lutte contre la « délinquance à Saint-Amand » et le contrôle accru des bailleurs sociaux, en ligne avec les exigences formulées par le RN en échange de son soutien. Castelain menace ainsi de diminuer les subventions communales attribuées au logement social et propose la création d’un centre de supervision urbaine doté d’un personnel capable d’intervenir en cas de délit constaté sur la voie publique.
Le RN en tête aux législatives
Signe peut-être que le secrétaire national du PCF ne souhaite pas se faire doubler sur les thèmes sécuritaires, cette dernière mesure figure également dans le programme de sa liste, présentée sans mention partisane mais qui s’inscrit dans la continuité de la politique de son prédécesseur communiste. Le soutien à la riche vie associative de la commune, le soin aux enfants, aux plus âgés et aux familles, marqueurs du communisme municipal, sont mis en avant par le maire-candidat dans son bilan de l’année 2025.
Eric Renaud, le dissident communiste, tente d’attaquer la situation financière de la ville, et promet de ne pas augmenter les impôts locaux, voire de les réduire. Un objectif qui pourrait s’avérer difficile à tenir au vu de la faible dotation globale de fonctionnement (DGF) accordée par l’Etat à la cité thermale (environ 80 euros par habitant en 2025, contre une moyenne nationale de 174 euros). En 2025, les dépenses ont dans les faits légèrement dépassé les recettes, la différence étant comblée par des réserves financières suffisantes.
Une gestion « saine » mise en avant par l’équipe de Fabien Roussel, qui espère capitaliser sur les 15 millions d’investissements consentis en 2025 en rénovation, aménagement et pour maintenir l’activité commerciale du territoire. Après 30 ans d’exercice d’Alain Bocquet, et dans un contexte d’un fort vote d’extrême droite dans le Nord, rien ne garantit toutefois sa place à l’ancien journaliste, qui a fait campagne sans s’adresser aux médias nationaux.
Astrid Bulot

