Depuis 2020, la ville de Lille, sous l’impulsion de l’ancienne maire Martine Aubry, a mis en place plusieurs mesures et dispositifs pour améliorer la transparence des décisions prises par les élus. Mais comme l’illustre le travail de plusieurs associations, la commune pourrait faire mieux, notamment dans l’information publique sur les subventions et sur les marchés publics attribués.
En 2020, Transparency France, antenne française de Transparency international, lançait un appel en direction des candidats aux municipales pour « faire progresser l’éthique et la transparence au niveau local ». Concrètement, l’ONG les exhortait à lutter contre les « zones grises qui génèrent défiance et fantasme chez les citoyens ».
Elle défendait six propositions applicables par les collectivités territoriales : un plan de prévention de la corruption, un agenda public des rencontres avec des lobbyistes, l’encadrement des frais de représentation, un registre public des déports (lorsque des élus s’abstiennent de participer à des délibérations en raison de conflits d’intérêt), la publication des indemnités des élus et l’accès aux documents administratifs en open data. Un appel auquel avait répondu favorablement la maire socialiste de Lille de l’époque, et candidate à sa réélection, Martine Aubry.
Un bilan positif pour Martine Aubry
A mi-mandat, l’ONG a voulu savoir si les mesures avaient bien été appliquées par les 27 candidats élus en 2020 qui s’y étaient engagés. Et le bilan lillois est plutôt flatteur : la capitale des Flandres a instauré cinq des six propositions de l’ONG. Seule ombre au tableau : la ville du Nord n’a pas ouvert d’agenda de rencontres avec des lobbyistes, contrairement à certaines grandes villes comme Bordeaux, Lyon, Nantes ou Paris.

Interrogée à l’époque par Médiacités Lille, l’ex-première adjointe à la mairie, Audrey Linkenheld, aujourd’hui sénatrice du Nord, se justifiait ainsi : « C’est un travail colossal que de tenir cet agenda et de centraliser tous les rendez‐vous des élus. Nous avons alors considéré qu’il y avait d’autres chantiers plus prioritaires […] », arguant que la mairie l’appliquerait si la mesure devenait obligatoire.
La ville de Lille épinglée par l’association Data For Good
Pourtant, la mairie semble être déjà hors-la-loi selon le travail mené par Data For Good. Cette autre ONG a lancé le 18 mars 2026 la plateforme Eclaireur Public. Elle évalue la transparence des collectivités territoriales sous deux aspects : les subventions accordées aux associations et les marchés publics remportés par des entreprises.
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« Depuis la loi pour une République numérique de 2016, les collectivités territoriales [dont les communes de plus de 3 500 habitants, ndlr], doivent publier leurs données de dépenses en open data », rappelle l’association. En France, 86 % d’entre elles publient leurs marchés publics, « mais seulement 2,1 % publient leurs subventions », déplore Data For Good. Au global, la ville de Lille obtient la note E, soit la pire note attribuée par l’ONG. Elle ne publie ni les subventions qu’elles distribuent aux associations, ni les données de ses marchés publics depuis 2023.
Le comité d’éthique remis en question
Un constat qui contraste avec l’ambition affichée par la mairie socialiste, qui a créé en 2021 un comité consultatif d’éthique et de transparence. Composé de dix membres (trois élus socialistes, deux d’opposition, et cinq citoyens indépendants nommés pour leur expertise), il veille à « la tenue des engagements de la ville en matière d’éthique et de transparence ». En 2025, dans son rapport annuel, le comité a par exemple défini une politique d’invitation à destination des élus locaux, « qui réaffirme le principe du « zéro cadeau » ». Il conclut son rapport, d’une dizaine de pages, en vantant la qualité de ses travaux, qui « témoignent de la volonté constante de la ville de Lille de garantir et renforcer la probité des élus municipaux. »
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Un membre du comité, qui souhaite garder l’anonymat, dépeint pourtant un tableau bien différent. Regrettant le manque de régularité des réunions, seulement deux par an, il déplore le cadre « trop restrictif » du comité, qui pourrait par exemple répondre aux « sollicitations et questionnements des citoyens. » La même source nous confie ne plus vouloir siéger après l’élection du prochain maire : « Je ne veux pas faire le pot de fleurs pendant six ans de plus. » Contacté, le président du comité, François Benchendikh, n’a pas pu répondre à nos questions, car son rôle de déontologue des élus de la ville l’empêche de s’exprimer « pour des raisons déontologiques ». Les élues socialistes y siégeant, Marion Gautier et Audrey Linkenheld, n’ont pas donné suite à nos sollicitations. Quant à l’élue communiste Sylviane Delacroix, elle n’était pas disponible avant le deuxième tour, le 22 mars.
Les propositions des différents candidats au beffroi
Certains candidats au beffroi lillois dénoncent un manque de volontarisme. Côté insoumis, Lahouaria Addouche fait de la transparence l’un des points forts de son engagement politique. Lors de l’annonce de son programme, le 13 février dernier, Aurélien Le Coq, député insoumis du Nord, annonçait vouloir rendre « transparents les critères d’attribution des subventions municipales à l’ensemble du secteur associatif. » Victor Aitouche, 10e de liste et membre du collectif L’Offensive, indiquait vouloir imposer une certaine éthique aux élus, « qui passera par la publication de tous les rendez-vous avec des lobbyistes privés. »
Côté Arnaud Deslandes, le maire socialiste sortant, son programme ne mentionne pas de mesures en faveur de la transparence. Reste à voir si son désormais allié, le candidat écologiste Stéphane Baly, parviendra à le convaincre de publier « les rendez-vous publics des membres du conseil municipal », comme il l’écrivait dans son programme initial.
La candidate Renaissance, Violette Spillebout, compte publier « les justificatifs des frais de représentation du maire et des élus » et « faciliter l’accès des citoyens aux documents administratifs », sans donner plus de détails. Le candidat du Rassemblement national, Matthieu Valet, ne s’est pas exprimé sur ces questions.
Séverin Lahaye

