Publications sexistes, transphobes, ou racistes : malgré les menaces de Jordan Bardella d’exclure les candidats soutenus par le Rassemblement national lorsqu’ils s’écartent de la ligne officielle du parti, des dizaines de messages injurieux pullulent sur les réseaux sociaux des candidats. Mediacités les a exhumés.
« Quand il y a des personnalités qui ne répondent pas aux critères qui sont les nôtres, nous agissons. Ma main n’a jamais tremblé », a déclaré le président du parti à la flamme Jordan Bardella, dans un entretien sur BFMTV. Mais malgré la volonté de normalisation affichée par le parti, de nombreuses « brebis galeuses » subsistent dans les rangs du RN. Deux semaines après le dépôt des listes officielles, Mediacités a épluché les profils de celles et ceux qui tentent de poursuivre la percée inédite du Rassemblement national lors des récents scrutins, dans le Nord et dans le Pas-de-Calais.
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À Boulogne-sur-Mer, pas besoin de creuser bien loin. Le troisième de liste, Thomas Pamart, assistant parlementaire du député-candidat Antoine Golliot, déjà conseiller d’opposition, avait été épinglé par le maire, Frédéric Cuvillier, qui avait découvert que son pseudo sur les réseaux sociaux était « Schwarze Sonne » (Soleil noir en français). Or c’est un symbole de la mythologie nordique, utilisé par les nazis sous le IIIe Reich. Le principal intéressé s’était défendu en conseil municipal, revendiquant une « référence à un groupe de metal allemand, E Nominé ».
Sur la même liste, à la dernière place, Franck Delpierre collectionne quant à lui les partages de publications aux relents sexistes, où une femme « sans courbe » est par exemple comparée sur Facebook à un « pantalon sans poches ». Ce retraité et chasseur passionné de 61 ans n’hésite pas, par ailleurs, à reprendre des blagues racistes assimilant les « Arabes » à des voleurs, ou encore à estimer que « l’immigration massive » est une « tumeur » qui aurait « tué la France ». Ce compte Facebook, il le partage de temps à autre avec sa femme, Loetitia Delpierre, Elle figure elle aussi sur la liste d’Antoine Golliot, en position éligible (14e) en cas de victoire du RN. Ils sont accompagnés de Thierry Goudalle (37e) qui, en juillet dernier, s’en était pris très vulgairement à l’ex-ministre socialiste Najat Vallaud-Belkacem, en écrivant sur Facebook en référence à sa carrière : « plus tu suces bien et plus tu montes… ».

Contacté, Antoine Golliot n’a pas répondu aux questions de Mediacités à l’heure où nous écrivons cet article.
« Arrêtez de faire passer les gens pour ce qu’ils ne sont pas »
À Carvin, dans le bassin minier, terre de mission pour le parti frontiste, la liste RN menée par Arnaud de Rigné, assistant parlementaire de Marine Le Pen, offre elle aussi son lot de surprises. Philippe Buffetaud (9e), regrette ainsi l’époque où le président Jacques Chirac évoquait le désagrément causé par « le bruit et l’odeur » des personnes immigrées et n’hésite pas à partager des caricatures racistes : « Qui est le plus riche ? Julien en CDI ou Fatima, quatre enfants, [qui cumule les aides d’État] ? », interroge-t-il en juillet dernier.
Encore plus haut sur la liste, Maryline Boulogne (6e), déjà conseillère municipale, n’épargne pas grand-monde. Si les musulmans sont vus comme des « envahisseurs » ayant pour plan de « couper la tête » à tous ceux qui refusent de se convertir, la sexagénaire retraitée reprend également des publications comparant le gouvernement à « pédoland » et à des « pourritures pédosataniques ».
En réaction à nos sollicitations concernant ces publications, Arnaud de Rigné indique à Mediacités : « Arrêtez de faire passer les gens pour ce qu’ils ne sont pas. Vous associez des propos à des personnes qui ne les ont jamais tenus et dont l’engagement reflète pourtant le contraire : Philippe Buffetaud a été de longue date engagé dans des associations en faveur de la paix et du soutien aux plus démunis. Quant à Marilyne Boulogne, conseillère municipale depuis 2014, elle a toujours pris la défense de tous les Carvinois dans le cadre de son mandat d’élue et n’a jamais tenu ce type de propos ». Nous maintenons que ces partages ont bien eu lieu. Cette dernière a d’ailleurs passé certaines de ses publications en privé suite à nos questions.
Chants nazis et transphobie
À Liévin, sur la liste du protégé de Bruno Bilde (député du Pas-de-Calais), Dany Paiva, la coiffeuse Danaëlle Decroix (40e) n’hésite pas à repartager à de multiples reprises des propos transphobes. La candidate republie par exemple en février dernier, entre deux posts ironiques sur les hommes transgenres: « Si t’es un homme t’es un il. Si t’es une femme t’es un elle. Le reste, c’est de l’instabilité mentale ». Hervé Ogrodowicz (33e), ou plutôt « Hervé Golgote » sur ses réseaux sociaux, republie quant à lui « La Russie veut récupérer l’Ukraine ! La Chine veut récupérer Taiwan ! On pourrait en profiter pour récupérer la Seine-Saint-Denis ? ». Contacté, Dany Paiva n’a pas répondu aux questions de Mediacités à l’heure où nous écrivons cet article.
Enfin, à Lens, la section locale du parti communiste a publié un communiqué de presse à propos de l’un des colistiers du député Bruno Clavet, Alexis Debas (31e). Ce jeune homme de 21 ans avait, dans un post éphémère visible uniquement par ses amis Instagram partagé une musique intitulée « NAZI GERMANY » assortie du commentaire « avoir une meuf nazi ++ » et d’un smiley hilare. Alexis Debas a depuis annoncé avoir porté plainte pour diffamation.
« Très surpris », Bruno Clavet indique que son colistier « n’est pas du tout de cette idéologie » et « l’a démontré notamment dans le cadre d’un travail sur le devoir de mémoire autour de la déportation des enfants et adolescents juifs de Lens ». Selon Alexis Debas, il aurait posté ce message « l’année dernière dans un contexte de blagues entre amis » alors que l’une de ses amies « a[vait] liké une vidéo d’humour noir se moquant du nazisme puis, avec l’algorithme s’est retrouvée avec des dizaines de vidéos sur ce sujet. » Ses propos auraient ensuite refait surface depuis l’annonce de sa candidature sur la liste RN lensoise. « Jamais je n’ai soutenu les idées des Nazis », ajoute-t-il.

Un climatoscepticisme débridé
Dans la Métropole européenne de Lille, à Tourcoing, Johnny Masson, le 33e de la liste RN de Bastien Verbrugghe partage quant à lui sur Instagram de nombreuses publications à caractère sexuel, voire raciste. Dans une publication datant d’octobre 2025, il publie par exemple la capture d’écran d’un tweet accompagné d’une photo du métro lillois indiquant : « le seul métro qui traverse 4 pays, le Maroc, la France, l’Algérie et Tourcoing ».

Originaire de Saint-Nazaire, il s’était déjà vu retirer la direction de campagne du candidat RN aux municipales de 2020 après avoir ironisé à la radio sur ses infractions au code de la route. Contacté, Bastien Verburgghe n’a pas répondu aux questions de Mediacités à l’heure où nous écrivons cet article.
Comme l’a repéré le média Les Jours, la liste conduite par Thierry Tesson à Douai compte un « cheptel » particulièrement fourni de « brebis galeuses ». Si le député-candidat n’hésite pas à dénoncer les « folies écologistes » dans l’hémicycle, l’un de ses colistiers, Pierre Joseph (33e), ne lui jettera pas la pierre. Climatosceptique, il repartage sur son compte Facebook une publication niant l’existence de l’effet de serre, arguant notamment qu’à « l’échelle géologique, le CO2 actuel est très bas. [Que] la Terre a passé l’essentiel de son existence avec beaucoup plus de CO2 qu’aujourd’hui. » Il précise que cette publication s’adresse aux « adeptes du changement climatique ».
Nicolas Fischer (19e) est quant à lui un « farouche défenseur de l’humoriste antisémite Dieudonné », note le média en ligne qui a exhumé un post de 2014 ainsi que plusieurs vidéos de « quenelles », salut antisémite popularisé par le créateur de la chanson « Shoananas ». À la 30e place, pointe Nadine Brolèse qui a tout récemment partagé une publication complotiste et antivax arguant que les vaccins contre le Covid auraient en réalité été fabriqués « par des sous-traitants militaires » et non des laboratoires pharmaceutiques. Au 38e rang, Louisette Koopmans, autrice de plusieurs posts racistes.
Enfin, Stéphane Gierszal (43e), qui multiplie les publications transphobes à propos de Brigitte Macron. Il reprend également à son compte un post qualifiant le mariage entre un homme noir et une femme blanche de « noces de papiers ». En 2022, il reprenait aussi une publication Facebook à connotation raciste dans laquelle il comparait les Ukrainiens qui « restent pour se battre » à « l’Afrique où les hommes se cassent et laissent femmes et enfants ». Contacté, Thierry Tesson n’a pas répondu aux questions de Mediacités à l’heure où nous écrivons cet article.
Déposées en préfecture, ces listes ne sont aujourd’hui plus modifiables d’ici au premier tour prévu le 15 mars.
Vladimir Benlolo, Victor Giat et Théo Guimier (ESJ Lille) avec Eden Sakhi Momen (Mediacités)

Cet article a été réalisé en partenariat avec Mediacités, média en ligne d’enquête et de décryptage consacré aux principales métropoles françaises.

