Au terme d’une longue soirée au suspense annoncé, la liste du maire sortant Arnaud Deslandes, ralliée par celle de l’écologiste Stéphane Baly, est sortie victorieuse du scrutin lillois, l’emportant largement face à sa principale concurrente : la tête de liste LFI Lahouaria Addouche. Avec 49 % des votes contre 33 % pour la candidate insoumise, l’alliance “écologiste et sociale” s’est imposée.
Face à une foule en liesse, Arnaud Deslandes salue « une nouvelle page à écrire », assurant de sa « capacité à se réinventer ». À l’issue d’une soirée partagée entre le bar Mother, le QG désigné pour le second tour, et le grand carré de l’hôtel de ville, salle historique de l’annonce des résultats des élections municipales lilloises, le maire sortant s’est vu reconduire à la tête de la capitale des Flandres. « Je promets d’être le maire de tous les Lillois, quel que soit leur vote », abonde-t-il devant ses supporters, rappelant sa conception « de la politique sans outrance ni excès ». Sous les hourras et les sifflets, le socialiste a remercié sa prédécesseure Martine Aubry de lui avoir « accordé sa confiance », il y a un an, en le nommant à sa succession. Un geste que son principal allié, Stéphane Baly, avait à l’époque dénigré : « Vous n’allez pas voter pour un maire installé dans le fauteuil par précaution ? », lâchait-il lors d’un meeting le 13 mars à Lille, à quelques jours du premier tour. De cette animosité déclarée, il ne reste plus rien, à en croire le discours du candidat écologiste, prononcé une main chaleureusement posée sur l’épaule de son ancien adversaire.
Une alliance avec les écologistes jugée « bénéfique »
Cette victoire « fait entrer Lille dans une cogestion », commence Stéphane Baly, qui prévoit « un véritable changement » à la municipalité. Et le candidat écologiste de souligner « des échanges très forts et constructifs dans la nuit de dimanche à lundi dernier », lorsque les deux têtes de listes, frères ennemis de la gauche, avaient scellé leur alliance à l’issue du premier tour. Une décision qui avait provoqué des remous au sein des équipes écologistes. Pour les sympathisants d’Arnaud Deslandes, cette fusion a été accueillie avec soulagement : « C’était la plus respectueuse de l’électorat », juge Ari, 18 ans, qui a suivi toute la soirée électorale depuis l’hôtel de ville. Pour un autre couple d’électeurs retraités, présents au Mother depuis les premières estimations, l’alliance a été « bénéfique » et dans « la continuité de ce qui a été fait ».
Le score de la liste du maire sortant doit aussi « beaucoup à un rejet de LFI », interprète Mathilde, 35 ans, venue assister à la proclamation des résultats officiels par Arnaud Deslandes. « Certaines personnes préféraient s’assurer qu’ils ne passent pas (les candidats insoumis ndlr) », croit savoir cette aide-soignante. Un constat appuyé par Joëlle et Joseph, couple rencontré à quelques heures de la clôture du scrutin, qui déplorait avoir voté pour Arnaud Deslandes « par dépit ». « On a voté pour faire barrage aux insoumis », confessait le couple, habitant la capitale des Flandres depuis 18 mois seulement. Pour eux, le score de la tête de liste LFI Lahouaria Addouche, arrivée derrière le maire sortant au premier tour, a été « difficile à encaisser ». « On a voté socialiste pour la première fois de notre vie, et on espère la dernière », déclarait Joseph.
LFI en « progression historique », des militants « déçus et dépités » chez Violette Spillebout
Dans son discours de victoire, Stéphane Baly a tenu à souligner les résultats de Lahouaria Addouche, qui «témoignent d’une volonté de changement » à « prendre en compte ». Dans le QG de la candidate insoumise, salle Courmont, la centaine de militants présents a dû encaisser la déception. « C’est pas possible. Tous les écolos ont voté pour le PS » ont réagi les premiers sympathisants, à peine réjouis par la victoire de David Guiraud à Roubaix. « Le PS abuse clairement de son pouvoir, l’alliance avec Stéphane Baly est contre nature », confie Anatole, brandissant une pancarte « PS = Mafia ». Malgré cette défaite, « on a fait une magnifique campagne, on était à bloc. On a rivalisé avec le PS. C’est une belle ascension », choisit de relativiser Théo.
Reléguée à 16 points du maire sortant Arnaud Deslandes, Lahouaria Addouche a pris la parole un peu plus tard dans la soirée sous les applaudissements de ses supporters. Au côté du député d’Aurélien Le Coq, l’insoumise a rapidement reconnu sa défaite : « Nous n’avons pas gagné la mairie. Nous avons ouvert une brèche qui ne se refermera plus jamais ». Rappelant la progression historique à Lille de LFI, qui n’avait récolté que 8,8 % des suffrages dans la capitale des Flandres en 2020, Lahouaria Addouche a déclaré : « Ce que nous avons construit est immense ». La fusion entre l’écologiste Stéphane Baly et le maire sortant Arnaud Deslandes n’a en revanche pas été digérée par la candidate insoumise : « L’union populaire progresse seule face à la tambouille d’appareil. La tambouille a gagné aujourd’hui », a-t-elle fustigé devant ses militants.
Du côté de la députée Renaissance Violette Spillebout, les militants font grise mine au Breathe Café, lieu spécialement créé pour sa campagne. L’élue est revenue succinctement sur la campagne en début de soirée en remerciant ses sympathisants pour leur engagement, puis s’est éclipsée. Vers 22h, il ne restait plus que cinq militants, encore sous le choc des 8 % de votes récoltés par la candidate centriste. « On est déçus et dépités. Mais on retiendra le mood de cette campagne. On a créé une vraie équipe. C’est en tout cas ce que nous a dit Violette Spillebout tout à l’heure », confie l’un d’entre eux.
Arnaud Deslandes a pris soin de saluer ses adversaires malheureux « qui seront respectés dans l’opposition comme ils l’ont été dans cette campagne ». Le conseil municipal d’installation de la nouvelle municipalité aura lieu vendredi prochain, l’occasion pour le maire réélu de mettre à exécution sa promesse – et pas des moindres – « faire de Lille le laboratoire d’un monde meilleur ».
Yohan Mouchon et Emilia Spada

