Avec 41,7 % des suffrages exprimés, Frédéric Chéreau, candidat à sa réélection, l’a emporté sur Thierry Tesson, tête de liste investi par le RN. Une victoire de justesse arrachée à seulement 154 voix de près. Le député du parti d’extrême droite se projette déjà sur les prochaines échéances électorales.
Le suspense était maximal et a tenu jusqu’au bout. Dans le hall de la mairie, Frédéric Chéreau, maire sortant, pousse la porte située au fond à gauche et monte sur scène. À côté de lui, l’écran affiche deux barres, orange et violette, au coude-à-coude. Le temps semble s’arrêter comme une éternité, toute l’attention du public se concentre sur les lèvres du candidat à sa réélection.
Frédéric Chéreau l’a échappé belle : il a été réélu… à seulement 154 voix du candidat Rassemblement national (RN), soit 0,9 point d’écart (41,7 % contre 40,6 %). Une partie du public explose de joie. « Siamo tutti antifascisti ! », scandent-ils en levant les mains, au rythme de leurs applaudissements.
Une nette progression du vote RN
Signe de l’intérêt porté au second tour, le taux de participation (52,6 %) a augmenté d’environ trois points par rapport au premier tour (49 %). « C’est l’occasion de montrer que leur voix peut compter, qu’une voix peut compter. Là, l’écart n’est pas si grand. Le résultat aurait pu être différent. Nous avons ce soir un sentiment de responsabilité », a déclaré le maire sortant, soutenu par le Parti socialiste (PS) et le Parti communiste français (PCF), la sueur au front devant les journalistes. Une victoire de justesse arrachée grâce à la fusion de sa liste avec celle de François Guiffard, candidat divers gauche arrivé en quatrième position au premier tour.
Sans alliance pourtant, le parti d’extrême droite a nettement progressé au second tour : le vote pour Thierry Tesson est passé de 3 791 à 5 556 voix, soit un gain de 1 765 entre les deux scrutins. « On fera une analyse fine à tête reposée, mais c’est un signal envoyé avec une volonté de changement, d’amélioration. Il existe aussi une dynamique nationale qui dépasse le cadre local : il ne faut pas oublier que Douai se situe dans le bassin minier », estime François Guiffard, l’air à la fois fatigué et rayonnant.
« C’est un triomphe à la Pyrrhus »
Thierry Tesson, candidat RN à Douai, n’est pas sans amertume. Après la proclamation des résultats, ses électeurs ont précipitamment quitté les lieux. Devant la permanence du parti à la flamme, le calme de la défaite règne, régulièrement interrompu par des voitures qui klaxonnent. Habillé d’un costume bleu marine impeccable, le député se montre pourtant positif. « C’est pour M. Chéreau un triomphe à la Pyrrhus : il a gagné, mais de tellement peu qu’il va avoir du mal à faire ses sept ans sans difficulté. Si je prends mon score et celui de Coline Craeye, on est largement au-dessus de la majorité. Douai, c’est une ville de droite », analyse Thierry Tesson.
Coline Craeye, la troisième candidate, n’a récolté que 17,6 % des voix, soit environ deux points de moins que la semaine précédente. Les électeurs de Thierry Tesson sont évidemment déçus ce soir, mais la tête de liste se projette déjà vers l’avenir : « Nous allons entrer dans une séquence électorale très importante : la présidentielle en 2027, mais aussi les départementales en 2028, auxquelles je compte bien être candidat », a-t-il déclaré, d’une voix confiante.
L’équipe sortante s’est ainsi offert 31 sièges sur 43 au conseil municipal pour les prochains sept ans. Frédéric Chéreau en tire déjà des leçons et reste prudent quant au prochain mandat : « Je veux travailler le plus largement possible. Je ne veux pas que cette élection soit le signe d’une ville fracturée. »
Taiyo Ogura

