À Tourcoing, quatre listes de gauche partent divisées pour reprendre la ville à Doriane Bécue. Soutenue par Gérald Darmanin, qui avait conquis la ville en 2014, la maire sortante ambitionne d’être réélue. En retrait, le candidat RN, Bastien Verbrughe, cherche à maintenir son parti au conseil municipal.
Dès sa première prise de parole lors du meeting de Doriane Bécue, le 12 février, Gérald Darmanin l’annonce : l’objectif est de gagner dès le premier tour, comme en 2020. En interview, la maire de Tourcoing, Doriane Bécue, tempère les ambitions de celui qui deviendrait son premier adjoint en cas de victoire : « Le principal, c’est que l’on remporte l’élection ».
Gérald Darmanin a été élu maire pour la première fois en 2014 en battant le sortant socialiste, Michel-François Delannoy. Déjà ministre, il a été réélu en 2020, avant de passer la main à Doriane Bécue quelques mois plus tard. Dans cette ville à la sociologie moins populaire que Roubaix, le Parti socialiste et la droite ont successivement tenu les rênes de la mairie. Ces dernières années, ce sont la gauche et le RN qui obtiennent de meilleurs scores que les partis présidentiels. En 2024 aux législatives, les candidats Renaissance, Gérald Darmanin et Violette Spillebout se sont classés troisième à Tourcoing au premier tour.
Malgré tout, l’équipe municipale sortante ne semble pas douter de sa victoire. Lors de son meeting, Doriane Bécue vante les rénovations de la gare, le déploiement de 227 caméras de vidéosurveillance depuis 2020, le développement des espaces verts, comme la « ceinture verte » sur le boulevard industriel, et surtout la non-augmentation des impôts. Sur le volet sécuritaire, elle promet de continuer dans cette voie en recrutant chaque année des agents de police supplémentaire et le réseau de caméras.
Elle assure qu’il y aura un parc à moins de 300 mètres de chaque habitation. « Dans les quartiers comme le Virolois, les Phalempins, la Croix-Rouge, l’idée est vraiment de dédensifier et de créer des zones vertes dès que c’est possible », détaille-t-elle.
Une gauche divisée qui fait campagne sur le logement
Ce programme environnemental ambitieux n’a rien à voir avec la concurrence de la conseillère municipale écologiste Katy Vuylsteker. Cette dernière mène une liste soutenue par une myriade de partis de gauche, dont Les Écologistes, le Parti socialiste et le Parti communiste français. Dans l’opposition depuis 2020, elle a multiplié les réunions thématiques pour faire connaître son programme et échanger avec les habitants. Priorité : le logement. Elle prévoit de mettre en place un encadrement des loyers, de garantir une « attribution transparente des logements sociaux » et de faciliter les préemptions des habitations vides.
Alors que l’écologiste ambitionne de faire tomber Gérald Darmanin et que la division de la gauche est citée comme un moteur de l’abstention dans la ville en 2020, elle n’est pas parvenue à réunir derrière elle, les autres listes de gauche. En désaccord sur les places qui leur était accordé, la France insoumise a décidé de faire cavalier seul.
Menée par Émilie Croës, éducatrice spécialisée, et Dalil Diab, la liste Tourcoing insoumise entend s’attaquer au mal-logement et au clientélisme. Elle promet la création d’une « brigade du droit au logement qui traquera les marchands de sommeil » et de « réquisitionner les bâtiments vides ». Dénonçant le délaissement des quartiers, ils insistent sur le service public de proximité et prévoient de créer des antennes locales de la mairie et de réembaucher des agents. « Il faut remettre de l’humain. Il faut des médiateurs, des gens, de la police de proximité. Il faut que du lien se crée. On ne peut pas juste mettre un car de CRS pendant 15 jours. Si on ne traite pas le fond des problèmes rien ne changera », détaille la candidate insoumise.

Toujours à gauche, la liste Citoyens et citoyennes pour Tourcoing espère, elle, accéder au second tour. Elle est menée par Franck Talpaert déjà candidat en 2020. Il affirme privilégier le projet à l’étiquette. Le collectif met en avant, lui aussi, la co-construction de son programme et déplore le manque de concertation de la mairie sortante. Franck Talpaert l’affirme : « On veut faire avec la population, c’est ce qui a manqué lors des précédents mandats. Le cœur de notre projet, c’est de remettre de la participation ».

Le RN fait campagne sur la sécurité
À l’extrême droite, Bastien Verbrughe, va tenter de maintenir le RN au conseil municipal de la commune. Alors que la tête de liste de 2020, Rémi Meurin, ancien militant identitaire a démissionné du conseil municipal en 2022, c’est le candidat aux législatives de 2024 qui repart en campagne. Il concentre ses propositions sur la sécurité et veut créer une brigade municipale dédiée à la lutte contre le trafic de stupéfiants et développer un réseau de « voisins vigilants ». Interrogé sur sa candidature, il n’a jamais donné suite à nos sollicitations.
Enfin Lutte ouvrière présente également une liste menée par Christophe Charlon, aide-soignant au centre hospitalier de Dron.
Vladimir Benlolo

