À Harnes, les candidats à la mairie au défi de maintenir le commerce de proximité

Après dix-huit ans à la tête de la ville, le maire sortant Philippe Duquesnoy ne se représente pas. Les trois listes qui espèrent lui succéder proposent chacune des mesures spécifiques pour soutenir les commerces de proximité et redynamiser le centre-ville.

En décembre 2025, la Fédération des acteurs du commerce (FACT) publiait un rapport alarmant sur la mutation du commerce français. Le taux de vacance commerciale en centre-ville s’élève à 14 % en 2024, un chiffre qui a doublé en quinze ans – il n’était que de 6 % en 2010. Le Pas-de-Calais n’échappe pas à la tendance, à Harnes, commune du bassin minier, de 13 000 habitants, le sujet est au cœur de ces municipales 2026. Les candidats à la succession du maire sortant, Philippe Duquesnoy, l’ont bien compris : sans action de la municipalité, l’attractivité commerciale de la ville pourrait continuer de s’éroder.

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Christophe Lopinski, propriétaire d’un magasin de chaussures à Harnes, observe avec inquiétude l’évolution des habitudes de consommation. « Maintenant les gens passent leur journée à Auchan, ils ont tout sur place. C’est ce qui a fait le décliner le commerce de proximité. Et aujourd’hui, Internet crée une habitude de consommation qui le tue encore davantage », estime le commerçant. Selon lui, les commerces de proximité ne sont pas assez mis en valeur dans le centre ville : « Il y a un manque de signalétique avec aucun marquage au sol, ni de panneaux qui indiquent nos commerces aux habitants, c’est dommage ».

Le commerçant regrette aussi que les candidats à la municipalité ne soient pas venus les consulter. C’est l’union commerciale de Harnes, une dizaine de membres en régression constante, qui a dû faire la démarche inverse. Pour Dominique Baboureau, qui tient sa boutique de vêtements depuis 22 ans à l’angle de la Grand’Place, le problème principal n’est pas la concurrence des géants du e-commerce, ni des zones commerciales mais bien une question plus prosaïque : le stationnement. « Les jours de marché, c’est impossible de se garer, si les clients doivent faire dix fois le tour de la ville pour se stationner, ils abandonnent, ils vont ailleurs. » signale la commerçante qui aimerait la mise en place d’un accès de covoiturage à l’entrée de la ville.

Trois listes avec des solutions différentes 

Face à ce constat, les trois listes en lice ont placé la question du commerce au cœur de leur programme. Les approches divergent sur la méthode, mais un point de consensus se dégage : renforcer la communication entre la mairie et les commerçants. Le candidat Sébastien Lysik, soutenu par le maire sortant, ainsi que la candidate Corinne Taté proposent tous deux de consacrer un agent municipal à plein temps pour l’accompagnement des commerçants. « Je propose aussi la mise en place d’un comité des commerçants piloté par la municipalité, un label « Harnes Commerces Engagés », et nous inclurons systématiquement les commerces arnésiens dans les appels d’offres municipaux », souligne Sébastien Lysik. De son côté, Corinne Taté, avance l’idée d’installer « des écrans numériques dans chaque quartier pour donner de la visibilité aux enseignes locales ».

Pour orienter ces initiatives, une étude sur les besoins commerciaux de la ville avait d’ailleurs été lancée par la mairie en 2023. « Il manque notamment une poissonnerie, une fromagerie, une cave à vins ou encore un restaurant gastronomique avec quelques chambres d’hôtel » , rappelle Corinne Taté, ancienne adjointe au maire sortant. Le candidat soutenu par le Rassemblement national, Anthony Garenaux-Glinkowski*, propose d’accompagner les porteurs de projets, de renforcer le partenariat avec l’union commerciale et de mettre en place des bons d’achat à dépenser chez les commerçants arnésiens. Une mesure que ne partagent pas ses adversaires. « Pour moi, il faut avant tout lancer une dynamique autrement, c’est de l’argent public gâché » , estime Sébastien Lysik.

Le dimanche 15 avril 2025, les Harnésiens choisiront leur prochain maire. Quel que soit le résultat, les commerçants auront au moins obtenu une chose : que leur situation soit placée au cœur de la campagne municipale.

*Anthony Garenaux-Glinkowski n’a pas souhaité répondre à nos questions

Quentin Benoist

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