À Courcelles-lès-Lens, l’absence de front républicain ouvre grand les portes de la mairie au RN

Le RN a frôlé la victoire dès le premier tour dans la commune du bassin minier avec 49,3 % des voix. Dimanche, l’absence de front républicain entre les deux autres listes qualifiées au second tour risque de rendre possible le basculement d’une ville gouvernée par la gauche depuis la Libération.

Mercredi matin, pas un nuage ne traverse le ciel de Courcelles-lès-Lens lors de la visite de Marine Le Pen. L’habituée du port de plaisance de La-Trinité-sur-Mer (Morbihan) fait cette fois escale à la gare d’eau de la commune du Pas-de-Calais pour apporter son soutien à Pierre Szczypinski. Le candidat RN à l’élection municipale dans cette ville de 7 830 habitants a frôlé la victoire dès le premier tour avec 49,3 % des suffrages exprimés, dimanche 15 mars.

Les autres listes qualifiées pour le second tour sont celles de la maire sortante, Édith Bleuzet-Carlier (divers gauche, 21,2 % au premier tour) et de Marie Wasilewski (divers gauche, 11,6 %). Les listes de Daniel Chavaudra (LFI, 9,3 %) et Philippe Dumarquez (divers gauche, 8,6 %) n’ont, elles, pas passé la barre des 10 % nécessaires pour se maintenir. La participation s’est élevée à 59 % dans la commune, 10 points au-dessus de la moyenne nationale.

« Certains ont préféré leurs querelles au barrage contre l’extrême droite »

Même si les listes de gauche totalisent ensemble plus de 50 % des suffrages, aucune union ne s’est concrétisée pour le second tour. La maire sortante n’est pas parvenue à créer d’alliance avec la liste de Marie Wasilewski. La triangulaire s’annonce donc largement favorable au candidat du RN. Daniel Chavaudra, candidat LFI éliminé dimanche, a exprimé publiquement sa colère face au refus d’union. « Certains ont préféré leurs querelles au barrage contre l’extrême droite », écrit-il sur Facebook, évoquant un « refus total et unanime » de fusionner les listes, avant de conclure que si le RN l’emporte, « ce sera la conséquence directe de ceux qui ont refusé l’union ».

Si le RN venait à conquérir l’hôtel de ville dimanche, il s’agirait d’une rupture historique. Gouvernée sans interruption par la gauche depuis la Libération, Courcelles-lès-Lens a connu la même trajectoire que de nombreuses communes du bassin minier. Les corons, les terrils, les fosses – aujourd’hui disparues – ont façonné une identité ouvrière, portée pendant des décennies par des syndicats forts et des partis de gauche dominants. La fermeture des mines dans les années 1980-1990 a laissé des cicatrices durables. En 2022, le taux de chômage atteignait 15,3 % à Courcelles-lès-Lens, soit près du double de la moyenne nationale. En 2021, le taux de pauvreté s’élevait lui à 23 %, contre 14,9 % au niveau national.

Dans le reste du bassin minier, le premier tour a confirmé la progression rampante du RN sur le territoire. Steeve Briois a décroché dimanche un troisième mandat à Hénin-Beaumont avec 78 %, et Ludovic Pajot a obtenu 81,4 % à Bruay-la-Buissière. Cinq nouvelles communes, anciens fiefs communistes ou socialistes, ont basculé dès le premier tour : Harnes, Loison-sous-Lens, Drocourt, Marles-les-Mines et Houdain. Pour le politologue Rémi Lefebvre, « Cinq villes supplémentaires dès le premier tour, c’est une date importante : une dynamique territoriale est enclenchée et va forcément progresser ». Dimanche prochain, Courcelles-lès-Lens pourrait en devenir le symbole le plus fort.

Astrid Bulot

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *