À Calais, l’indéboulonnable Natacha Bouchart face au challenger RN Marc De Fleurian

Le député du parti d’extrême droite apparaît comme le seul candidat en mesure d’inquiéter la maire sortante, grâce à la dynamique nationale de son parti. La réindustrialisation, le tourisme mais aussi la migration s’imposent comme principaux thèmes de campagne dans cette ville marquée par les départs massifs de migrants vers le Royaume-Uni.

Un challenger face à l’invincible. À Calais, les élections municipales semblent se jouer entre deux candidats : Marc De Fleurian, député du Rassemblement national (RN), et la maire sortante divers droite Natacha Bouchart, anciennement Les Républicains (LR). À la tête du beffroi depuis 2008, l’élue paraît difficile à déloger. Lors des dernières municipales en 2020, elle avait été élue dès le premier tour avec 50,24 % des suffrages exprimés. Avec 17,91 % des voix, Marc De Fleurian, lui, avait terminé troisième, derrière une candidate de gauche.

Cette année encore, la donne semble inchangée : dans un sondage Ifop-Fiducial réalisé pour La Voix du Nord, ICI et France Télévisions, Natacha Bouchart est créditée de 56 % des intentions de vote, contre 22 % pour son principal adversaire. Le parlementaire RN apparaît toutefois comme le seul candidat en mesure d’inquiéter la maire sortante, dans un contexte national favorable à son parti : la septième circonscription du Pas-de-Calais a basculé à l’extrême-droite lors des législatives anticipées de 2024. 

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Un match clairement marqué à droite

Marc De Fleurian s’était alors imposé face au candidat LR Pierre-Henri Dumont, contre qui il avait perdu en 2022. Crime de lèse-majesté pour Natacha Bouchart : Edwige Leblond, son ancienne adjointe et suppléante de l’ancien député LR, est devenue la numéro 2 d’une autre liste… celle de son rival, Marc De Fleurian. 

Un match clairement marqué à droite, qui contraste avec l’époque d’avant Bouchart : de 1971 à 2008, la ville portuaire fut un bastion du Parti communiste français (PCF). Rassemblée sous la bannière Nupes en 2022 et NFP en 2024, la gauche part cette fois divisée, avec deux listes distinctes. Le Parti socialiste (PS), le PCF et Génération.s ont investi Marion Lavigne comme tête de liste, tandis que Jean-Philippe Lannoy conduit une liste soutenue par La France insoumise (LFI) et Les Écologistes. 

Leurs divergences de vue semblent insurmontables : interrogée dans une émission de débat sur France 3, diffusée ce mardi 9 mars, la communiste a catégoriquement écarté la possibilité d’une fusion des listes de gauche : «Nos électeurs auront une intelligence qui leur permettra de choisir un candidat. » Restent enfin Lucille Nicolas, candidate Lutte Ouvrière (LO), et Romain Debaisieux (Sans étiquette). Au total, six candidats à la conquête du beffroi.

« J’applique la préférence nationale au niveau local »

L’économie locale apparaît comme l’un des principaux enjeux de la campagne à Calais. Contrairement à Dunkerque, la désindustrialisation continue à toucher durement la sous-préfecture, autrefois connue pour ses entreprises de dentelle. Synthexim, Meccano, Tioxide… les fermetures d’usines se sont succédé ces dernières années. Le taux de chômage reste le plus élevé du département : 22,8 % en 2022, selon le dernier recensement de l’Insee.

Malgré tout, Natacha Bouchart défend son bilan économique, notamment en matière de tourisme. Un dragon mécanique géant, arrivé sur le front de mer en 2019 et suivi d’un varan en novembre 2025, reste la pièce maîtresse de sa politique d’attractivité. Au-delà de ses retombées économiques, estimées à 15 millions d’euros par an, il est devenu aussi un levier pour redorer l’image de la ville, longtemps écornée.

Située à une trentaine de kilomètres des côtes des Douvres, Calais est aussi connue comme un point de départ massif des migrants vers le Royaume-Uni. Si la question ne relève pas de la compétence du maire, elle s’est néanmoins invitée dans la campagne municipale. Marc De Fleurian y voit l’occasion d’appliquer localement le programme du RN : en cas d’élection, il souhaite rendre payant le réseau de bus communal, gratuit depuis 2020, uniquement pour les personnes en exil. « J’applique la préférence nationale au niveau local », a assumé le député sur France 3. De son côté, Natacha Bouchart souligne la nécessité de gérer les flux migratoires « entre fermeté et humanité ». Jean-Philippe Lanoy, lui, propose le retrait des rochers et des grillages, installés pour empêcher l’installation de campements, et désormais fondus dans le paysage calaisien.

La sécurité laisse entrevoir un clivage traditionnel entre la gauche et la droite. Cette thématique ne départage toutefois pas les deux rivaux de droite et d’extrême droite en tête du sondage, qui s’engagent tous deux à augmenter les effectifs de la police municipale. Marc De Fleurian en fait néanmoins un des axes majeurs de sa campagne : la page consacrée à la sécurité vient en premier dans son programme et il est d’ailleurs le seul à l’avoir citée comme priorité lors de l’émission de débat sur France 3. Le député propose de porter le nombre de policiers municipaux de 50 à 70… quand Natacha Bouchart, elle, ambitionne de le doubler.

Taiyo Ogura

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