Bastion socialiste depuis 1996, Boulogne-sur-Mer et ses 40 000 habitants se préparent à une élection musclée. Ville historique des ouvriers de la mer abritant le plus grand port de pêche français, la capitale de la côte d’Opale pourrait vaciller pour la première fois ces 15 et 22 mars.
La troisième pourrait être la bonne. Largement battu en 2014 et 2020 face au maire sortant socialiste Frédéric Cuvillier, qui est à la tête de la ville depuis 2002, Antoine Golliot, député du Rassemblement national depuis 2024 et conseiller municipal depuis 2014, y croit plus que jamais en 2026. Son histoire politique, marquée par d’innombrables échecs, a pris un tournant lors des élections législatives de 2024 : pour moins de 500 voix, il a remporté la cinquième circonscription du Pas‐de‐Calais, historiquement acquise aux candidats de gauche, bien qu’il n’ait pas remporté le scrutin sur la ville de Boulogne-sur-mer (48 %). Un succès après la débâcle aux législatives de 2022 et la large défaite à l’élection municipale de 2020, où il ne pesait pas plus de 15 % des suffrages.
Boulogne‐sur‐Mer opère en effet une mue vers l’extrême-droite depuis 2022. Élections présidentielle, européenne et législatives : systématiquement, le Rassemblement national est arrivé en tête, dépassant les 40 % des voix lors des élections européennes de 2024. Une tendance qui permet à Antoine Golliot de ne plus être qu’un simple outsider.
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La sécurité au coeur des débats
Le candidat d’extrême-droite n’est pas un novice du scrutin. Après sa courte victoire aux élections législatives de 2024, il est désormais clairement identifié comme une personnalité politique locale. Premier candidat déclaré à la mairie boulonnaise, il fera face au maire sortant Frédéric Cuvillier, en poste depuis 2002, qui n’a connu qu’une seule interruption entre 2012 et 2014 (pour prendre le ministère des Transports, de la Mer et de la Pêche). Baron local, il a tardé à officialiser sa candidature, finalement confirmée le 24 janvier dernier. La troisième et dernière liste est celle de Baptiste Legrand, gérant de magasins bio et éducateur sportif, classée divers gauche.
Très actif dans cette campagne, Antoine Golliot, candidat de la première heure, n’a pas tardé à attaquer le maire sortant sur son mandat, notamment en matière de sécurité. « Boulogne est devenue la capitale départementale des cambriolages avec 242 faits recensés, contre 102 à Calais », clame-t-il par exemple en conseil municipal, en octobre dernier. Une statistique du ministère de l’Intérieur, qui classe effectivement Boulogne-sur-Mer comme la ville la plus en proie aux cambriolages, si l’on rapporte ce chiffre au nombre d’habitants, en comparaison avec d’autres grandes villes du département. Une donnée néanmoins incomplète sur l’état de l’insécurité dans la cité boulonnaise : la ville est par exemple bien moins touchée que Calais ou Arras par des infractions en lien avec le trafic de stupéfiants ou les violences.
Sur ce point, le maire refuse de mettre en place une police municipale – position sur laquelle Baptiste Legrand le rejoint – au profit du maintien d’une garde urbaine. Côté RN, la proposition est cependant poussée à l’extrême : Antoine Golliot souhaite plus de 50 policiers municipaux ainsi qu’un centre de vidéosurveillance actif 24 h/24. Plus qu’une proposition, la sécurité est une obsession pour le candidat d’extrême-droite, qui n’hésite pas à la placer au cœur des débats. Alors que la survie des commerces du centre-ville est un enjeu clé de cette campagne, et que Frédéric Cuvillier et Baptiste Legrand imaginent « redonner vie » à certaines halles commerçantes, Antoine Golliot veut davantage de sécurité pour revitaliser le centre.
Alors qu’aucun sondage n’a été publié dans la ville et que l’abstention y est élevée (43 % lors des élections législatives de 2024, 10 points au-dessus de la moyenne nationale), ce scrutin s’annonce plus serré qu’en 2020, lorsque Frédéric Cuvillier avait été élu maire dès le premier tour. Alors que seulement trois listes se présentent, contre quatre aux dernières élections municipales, le plus grand port de pêche français pourrait changer de capitaine.
Théo Guimier

