Lens, un bastion de la gauche au défi de la vague RN

Bastion socialiste depuis plus d’un siècle, la ville de Lens s’apprête à vivre l’un des scrutins les plus incertains de son histoire. Sylvain Robert, le maire sortant socialiste, à la tête d’une liste d’union de la gauche, y défend son fauteuil face au député RN de la circonscription, Bruno Clavet.

Depuis 1900, Lens, cité ouvrière de 32 000 habitants, n’a connu que des maires socialistes et un édile communiste. Malgré une gauche unie pour ces élections municipales 2026, l’ancienne capitale du bassin minier pourrait bien tomber aux mains du RN dès dimanche soir. 

Deux blocs s’affronteront dimanche. D’un côté, Sylvain Robert, maire PS de Lens depuis 2013 et président de l’agglomération Lens-Liévin depuis 2014, se présente pour un troisième mandat. Le technocrate à l’image sérieuse a pris la tête d’une liste d’union de la gauche (Parti socialiste – Parti communiste – Mouvement des citoyens – Les Écologistes), mais dans laquelle La France insoumise ne figure pas. Pour ces élections municipales, le sortant a fait le choix de la continuité tout en injectant du sang neuf. Sur sa liste baptisée  « Lens toujours », il conserve 22 colistiers sur les 39 noms de sa liste de 2020. Son équipe intègre 16 nouveaux visages et se compose majoritairement de personnes issues de la société civile. 

Face à lui, Bruno Clavet retente sa chance sous l’étiquette du Rassemblement national. Le député de la troisième circonscription du Pas-de-Calais a pour sa part largement renouvelé sa liste, puisqu’il ne conserve que 4 colistiers sur les 39 noms de 2020. Ancien mannequin né dans les Bouches-du-Rhône, Bruno Clavet est un candidat au pedigree atypique. Débarqué dans le bassin minier en 2018, il est un temps chargé de communication à la mairie d’Hénin-Beaumont conquise par le RN en 2014. Elu à l’Assemblée nationale en 2024, à la faveur de la dissolution, il tente de profiter de cette envergure nouvelle pour pour ravir la mairie lensoise aux socialistes.

A la gauche de la gauche, Michel Darras ( Lutte ouvrière – Le camp des travailleurs ) porte une liste de « défense des travailleurs » visant à capter l’électorat populaire déçu par le socialisme municipal.

Le spectre des législatives à 48 %

Le duel est annoncé comme l’un des plus serrés de France. Sylvain Robert bénéficie d’un bilan solide, avec notamment la réhabilitation des espaces et équipements publics de la cité 12/14. Outre cette refonte, plusieurs projets ont aussi été livrés ou sont en cours : la salle Claudette-Grosse, le nouveau centre social, la nouvelle plaine de loisirs ou encore la construction d’une résidence intergénérationnelle. Bruno Clavet part quant à lui avec un avantage dynamique majeur : ses scores record aux législatives de 2024 (plus de 48 % sur la ville). Le RN voit en Lens la pièce manquante pour s’implanter durablement dans le bassin minier.

Pour le candidat du Rassemblement national, le bilan du maire sortant s’apparente à un « dépôt de bilan ».  Bruno Clavet pointe du doigt des faits de délinquance en hausse de 29 % entre 2016 et 2024 et fustige une « police municipale honteuse » car sous-utilisée. Sur le plan économique, il alerte sur un centre-ville en proie à la désertification avec 16 % de cellules commerciales vides, un taux deux fois supérieur à la moyenne intercommunale. Le député RN dénonce également l’abandon des cités minières, gangrénées selon lui par l’insécurité, l’insalubrité et les points de deal. 

Pour contrer ce déclin, Bruno Clavet promet de porter les effectifs de police municipale à 33 agents au minimum (il y en a une vingtaine actuellement). En cas d’élection, le mariniste prévoit également d’armer la police municipale et de créer un Centre de supervision urbain (CSU) avec des agents derrière les écrans 24h/24 ainsi qu’une brigade canine.

Bruno Clavet, le candidat RN, ambitionne de ravir la mairie lensoise lors de ces élections municipales. DR

Parmi les autres sujets brûlants : l’octroi des subventions associatives conditionné au respect strict d’une charte de laïcité et de neutralité. Interrogé sur le risque que cette mesure ne cible indirectement les associations culturelles et les structures d’aide aux migrants, Bruno Clavet s’en défend : « Les associations culturelles ont toute leur place et sont très importantes à Lens. Quant aux organismes de solidarités liés à l’immigration, ils sont déjà indépendants financièrement de la mairie, donc cela ne changera rien »

Baisse des impôts

Sylvain Robert, de son côté, se félicite d’avoir rendu la ville plus attractive. Un dynamisme qui repose avant tout sur le classement Unesco du bassin minier et le Louvre-Lens mais aussi, selon le maire, sur le maintien des liaisons TGV vers Paris, objet de plusieurs courriers à la SNCF durant le mandat.

C’est aussi sur la hausse du pouvoir d’achat que le socialiste s’engage. Parmi les mesures phares de son programme figure une baisse de 10 % du taux de la taxe foncière, avec une première réduction de 5 % dès la première année, une mesure qui profitera également aux commerçants. Concernant la baisse envisagée du tarif de cantine, l’édile fixerait un prix unique de 2 € (contre plus ou moins 3 € actuellement).

Pour sa réélection, l’élu joue la carte de la continuité. Il propose notamment la création d’un service municipal destiné à protéger les victimes de violences conjugales. Enfin, Sylvain Robert promet la construction d’un cinéma et l’aménagement d’une grand-place « avec notamment un miroir d’eau », deux vœux déjà formulés en 2020. Cette année-là, sa liste avait été réélue dès le premier tour avec 55 % des suffrages. 

Alice Motte

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