Cette élection à Villeneuve-d’Ascq, plus ouverte que jamais, marque la fin de l’ère Gérard Caudron, entamée en 1977. Sur les sept listes qui se présentent, quatre sont menées par des candidats issus de la l’actuelle majorité, et six se réclament de la gauche. Dans ce contexte fragmenté, où de nombreux candidats pourraient l’emporter, la France insoumise affiche de fortes ambitions.
À Villeneuve-d’Ascq, la bataille pour la mairie n’a jamais été aussi ouverte depuis la création de la ville en 1970. Sept listes concourent, dont six se réclamant de gauche, dans une ville qui a toujours connu un maire de ce bord. La France insoumise (LFI) espère profiter de ce paysage fragmenté pour franchir un cap à l’échelle locale.
Après sept mandats et 42 ans à la tête de la ville – de 1977 à 2001, puis de 2008 à aujourd’hui – Gérard Caudron, 81 ans, divers gauche, ne se représentera pas. Du moins pas en tête de liste. Il avait annoncé le 15 octobre 2025 qu’il briguerait un nouveau mandat, avant de faire machine arrière le 4 novembre. Il figure finalement en cinquième position sur la liste de Sylvain Estager, son deuxième adjoint.
La quatrième commune de la Métropole européenne de Lille, derrière Lille, Roubaix et Tourcoing, avec ses 63 000 habitants, s’apprête ainsi à tourner une page. Cette ville étudiante, issue de la fusion de trois communes en 1970, compte aujourd’hui 44 % d’habitants de moins de 29 ans. Dotée d’un tissu associatif dense, elle se démarque aussi par ses grands espaces verts.
Pour autant, les candidats pointent plusieurs défaillances. Le logement est au cœur des débats : sont proposées de nouvelles constructions, privées ou sociales, tandis que la présence d’habitats insalubres dans certains quartiers populaires est pointée du doigt. Par ailleurs, plusieurs listes promettent de renforcer l’accès à la culture ou l’accompagnement des jeunes, pour pallier le délaissement de certains quartiers. La sécurité est également devenue un thème de campagne, notamment autour de la question de la vidéosurveillance.
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Une succession chaotique
L’une des spécificités de cette élection, c’est que quatre des sept listes sont menées par des candidats issus de la majorité sortante. La raison en est simple : Gérard Caudron n’a pas préparé sa succession. « En politique, il n’y a pas d’enfant. C’est aux citoyens de décider », déclarait-il au Monde en février. Sylvain Estager, adjoint aux finances, apparaît comme son héritier politique, puisque Gérard Caudron se présente sur sa liste. Mais on est loin de la passation de pouvoir en douceur. Caudron affirmait en octobre 2025 sur BFM-TV : « [Sylvain Estager] a des difficultés à sentir les gens, il se fâche avec tout le monde. » Ce dernier a revendiqué un « socialisme municipal hors partis très teinté d’écologie » auprès d’Ici Nord et promet de poursuivre l’héritage du maire sortant.
Face à lui, Victor Burette porte les couleurs du Parti socialiste. Actuel adjoint à la démocratie participative, il salue le bilan de Gérard Caudron tout en pointant les difficultés d’accès au logement ou les problématiques des quartiers populaires. Son objectif : renouer avec une « hyper-proximité » après des décennies de « méthodes très verticales », a-t-il confié à Ici Nord.
Autre figure issue de la majorité sortante, Vincent Baledent, adjoint à l’urbanisme, en incarne l’aile droite. Sa liste rassemble des personnalités du centre et de la droite. Il souhaite rassembler « de la gauche modérée jusqu’à la droite républicaine », a-t-il précisé à Ici Nord. Il insiste notamment sur la jeunesse et la reconstruction du lien social, avec la création de structures de quartier associatives ou encore de conseils des enfants.
Dernier candidat issu du camp de Gérard Caudron, Farid Oukaïd, ancien adjoint aux sports, a quitté la majorité après des tensions avec l’édile autour de la question palestinienne. Il conduit aujourd’hui une liste citoyenne axée sur la diversité et la jeunesse des quartiers.
L’ambition municipale de LFI
Trois autres listes de gauche complètent le paysage électoral. Pauline Ségard, la candidate écologiste, avait terminé deuxième en 2020, avec près de 20 % des voix au premier tour et environ 30 % au second. Elle revient avec un programme proche de celui d’il y a six ans, centré sur l’écologie et la justice sociale.
LFI aligne une figure nationale : le député de la deuxième circonscription du Nord, Ugo Bernalicis. « On espère arriver en première place au premier tour », affirme Antoine Marszalek, troisième de sa liste. Le mouvement a placé au centre de sa campagne la question du logement et espère profiter des divisions de la majorité sortante comme du morcellement de la gauche. Lors des législatives de 2024, Ugo Bernalicis avait recueilli 43 % des suffrages au premier tour et 49 % au second à Villeneuve-d’Ascq.
« Depuis plusieurs mois, on a voulu mettre en place une alliance avec Pauline Ségard, à condition que la tête de liste soit issue de nos rangs », explique Antoine Marszalek. Cette union n’a pas eu lieu au premier tour, mais elle le pourrait au deuxième. L’écologiste Pauline Ségard souhaite un rassemblement de la gauche sur le modèle du Nouveau Front populaire, de LFI au PS. Mais plusieurs listes issues de la majorité sortante – celles de Victor Burette, Sylvain Estager et Vincent Baledent – excluent toute alliance avec LFI au second tour. Le doute subsiste sur la volonté de ces listes de s’allier entre elles au second tour.
Enfin, Pascale Rougée se présente pour Lutte ouvrière, parti politique trotskyste.
Si les listes de Lutte ouvrière et de Farid Oukaïd apparaissent comme les deux outsiders, les cinq autres pourraient dépasser la barre des 10 % pour se maintenir au second tour, figurant un jeu d’alliances complexes. Quoi qu’il en soit, le Rassemblement national ne sera pas de la partie : si l’hypothèse avait un temps circulé, le parti d’extrême droite n’a finalement pas présenté de liste dans la ville.
Oscar Leroy

