Le maire socialiste sortant, Frédéric Chéreau, aborde le premier tour des municipales, dimanche 15 mars, en position de favori. Mais la percée du RN, un bilan contrasté et une gauche en ordre dispersé rebattent les cartes dans cette sous-préfecture du Nord habituée à la stabilité.
Trente ans de droite, puis douze ans de gauche : la ville de Douai (Nord), 39 658 habitants, n’a pas pour habitude de changer souvent de maire. Mais à l’approche du premier tour des municipales, dimanche 15 mars, les cartes sont rebattues. Pour la première fois depuis son arrivée à l’hôtel de ville, en 2014, le maire sortant Frédéric Chéreau (PS, liste « Douai toujours ! ») aborde un scrutin sans avoir la main — face à huit listes sur la ligne de départ.
En l’espace de six ans et trois scrutins, le paysage politique de la sous-préfecture nordiste s’est recomposé. À la présidentielle de 2022, Marine Le Pen et le Rassemblement national arrivent en tête au premier tour avec 28,1 % des suffrages. La même année, le RN s’empare de la 17e circonscription, avec la victoire du candidat Thibaut François aux législatives. Frédéric Chéreau tente de la reprendre sous l’étiquette du Nouveau Front populaire, lors des législatives de 2024. Sans succès : il est battu au second tour par Thierry Tesson (RN-UDR), 55,8 % contre 44,2 %.
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Une gauche divisée
Certes, les tendances électorales ne sont pas les mêmes d’un scrutin à l’autre. Mais en 2026, la gauche douaisienne apparaît divisée. À la surprise générale, les Écologistes, qui dirigeaient pourtant la ville avec Frédéric Chéreau depuis 2014, ont annoncé en janvier faire cavalier seul avec la liste « Douai Collectif ! », emmenée par l’ancienne adjointe Stéphanie Stiernon.
Plus à gauche, la France insoumise se lance pour la première fois dans la cité des Géants avec Patricia Boulan et sa liste « Douai Fière et Populaire » — et une condition ferme : pas d’alliance avec les socialistes au second tour. Sans fermer complètement la porte. « Quand ce sera fait, on accueillera les personnes qui voudront nous rejoindre », précisait son directeur de campagne Cyril Grandin à La Voix du Nord, en janvier.
Bilan contrasté pour le maire sortant
Dans ce contexte, le maire sortant joue la continuité de son bilan. « Ça fait douze ans que les Douaisiennes et les Douaisiens font confiance à une équipe sérieuse, expérimentée, solide », concluait-il lors du débat organisé sur BFM Grand Lille, le 5 mars. Il défend les 5 millions d’euros investis pour l’éclairage public en LED, ou le lancement d’une cuisine centrale à 10 millions d’euros.
Reste que le socialiste doit aussi faire face aux ratés du mandat, comme le déménagement de l’école d’art et le projet de grande médiathèque, promis en 2014, qui n’ont pas fait l’unanimité. Sur la vacance commerciale, l’élu d’opposition François Guiffard (DVG, liste « Ensemble Faisons Douai ») est sévère : « Frédéric Chéreau a raté le pilotage de la ville. Aujourd’hui, 23 % des locaux commerciaux sont vacants, alors que la moyenne nationale avoisine les 13 % », tançait-il auprès de La Voix du Nord, en février.
La sécurité, incontournable des municipales douaisiennes
Mais c’est bien la sécurité qui s’est invitée au cœur de la campagne. Frédéric Chéreau s’est appuyé sur la création, l’année dernière, d’un centre de supervision urbain pour la vidéosurveillance, et l’embauche annoncée de policiers municipaux supplémentaires. Interrogé lors du débat de BFM Grand Lille, le 5 mars, il a tracé une ligne claire : pas d’armes létales pour la police, et une priorité donnée à la proximité. « Nos policiers sont d’abord une police du contact », a-t-il affirmé.
En face, Coline Craeye et sa liste de centre-droit « Ensemble, Douai redevient géante ! » ont misé sur un « vrai » centre urbain de surveillance « avec un opérateur devant les écrans », une brigade de nuit et une police pluri-communale, expliquait-elle à La Voix du Nord, en novembre dernier.
Thierry Tesson (RN-UDR, liste « Unis Pour Douai ») va plus loin, en prônant l’armement de la police et la généralisation de la vidéosurveillance. Tout en jouant la carte de l’élu local — et en anticipant une victoire : « Le cumul des mandats, quand je vais prendre la mairie, m’obligera évidemment à quitter l’Assemblée nationale », affirmait-il lors du débat du 5 mars, sur BFM Grand Lille.
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Un invité de dernière minute
Entre les deux blocs, François Guiffard (DVG) et sa liste « Ensemble, faisons Douai » misent sur l’attractivité de la ville — une halle pour la place d’Armes, une centrale hydroélectrique sur la rivière de la Scarpe… Mais le vice-président au tourisme de Douaisis Agglo doit composer avec un soutien encombrant : celui de Jean-Luc Hallé, bras droit du président divers droite de l’agglo, Christian Poiret, qui a supprimé les subventions au Festival du grand reportage, le Figra, deux mois avant sa 33e édition, s’invitant malgré lui dans le débat.
Malgré une candidature tardive — déposée deux jours avant la date limite, rappelle La Voix du Nord — l’élu d’opposition Franz Quatreboeufs (MoDem) conduit une liste citoyenne, « Bien vivre à Douai », après avoir été exclu en 2024 du groupe de Coline Craeye. Fait notable, l’ex-directeur de campagne de Franz Quatreboeufs, Nelson Belizaire, n’a finalement pas été en mesure de présenter une liste confirme, rapportait L’Observateur, le 26 février, malgré des discussions autour d’une liste commune avec le candidat du MoDem. L’enseignante Eva Rethore, enfin, porte la liste garantie « zéro politicien » de Lutte ouvrière, sobrement intitulée « Lutte ouvrière – Le camp des travailleurs ».
Avec neuf listes différentes, au lieu de six en 2020, le scénario d’une triangulaire gauche-droite-RN au second tour n’est donc pas à exclure dans la cité des Géants. Le maire sortant, lui, est clair : « L’objectif, c’est d’arriver premier », maintenait Frédéric Chéreau sur le plateau de BFM Grand Lille, le 5 mars. Reste que la question n’est peut-être plus de savoir s’il gagnera… mais avec quelle avance.
Quentin-Mathéo Pihour

