A la tête de la municipalité depuis 2012, Laurent Degallaix a connu une campagne tourmentée par un procès qui le menace d’inégibilité. Risque-t-il de perdre Valenciennes, aux mains de la droite depuis 1947 ? Face à lui, deux autres candidats divers droite, dont son ancienne adjointe Isabelle Desoil, qui a officialisé sa liste à la dernière minute. Pour compléter le casting, la gauche de Luce Troadec se présente avec une liste unie et le Rassemblement national espère faire d’aussi bons scores qu’aux dernières législatives.
Ancien cœur de l’industrie minière, la ville de 43 000 habitants, qui vit aujourd’hui de l’usine automobile connaît un taux de pauvreté de 25 %. Longtemps surnommée « L’Athènes du Nord » en raison de son rayonnement artistique, Valenciennes est, depuis le milieu du XXe siècle, tenue par la droite. À quelques jours des élections municipales des 15 et 22 mars, retour sur les listes et les principaux enjeux de ce scrutin.
Qui sont les candidats ?
Parmi les cinq listes, trois sont divers droite (DVD). A commencer par celle de Laurent Degallaix, maire sortant Horizons, qui brigue un troisième mandat. Installé depuis 2012 (il avait assuré l’intérim de Dominique Riquet suite à sa démission), il a été réélu en 2014 et en 2020. Son bilan : près de 165 millions d’euros investis notamment dans de gros chantiers d’aménagements urbains, mais aussi dans la construction de deux pôles éducatifs et de l’hôtel des polices, qui rassemblera les polices municipales, nationales et le centre de supervision urbain.
L’homme politique de 60 ans vit une campagne tumultueuse. Il a comparu devant le tribunal judiciaire de Lille le 20 février dernier pour « prise illégale d’intérêts » et « subornation de témoin ». Cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire, un an de détention à domicile sous surveillance électronique et une amende de 25 000 euros ont été requis contre lui. Le délibéré sera rendu le 30 avril, après les élections municipales, ce qui lui laisse l’opportunité de se présenter. Si depuis toujours Laurent, Degallaix a pu compter sur le soutien de l’ancien maire de Valenciennes, Jean-Louis Borloo, la figure locale incontournable s’est abstenue cette fois. Le maire sortant compte « poursuivre les orientations engagées lors du précédent mandat« . Il prévoit notamment de transformer la place du Canada en un espace végétalisé où cohabiteraient cyclistes, piétons et automobilistes. L’édile compte également sur la piétonnisation comme levier « d’apaisement » urbain dans l’objectif d’ « éradiquer les problèmes d’insécurité, d’incivilités et de troubles à l’ordre public ».
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La seconde liste DVD, « Valenciennes, une ville pour tous, un projet pour chacun », est défendue par Pascal Durieux. L’ancien douanier de 62 ans a connu un début de campagne compliqué après le départ de ses colistiers Isabelle Desoil, Paul De Zorzi et Thomas Cacheux pour des raisons de « divergences de fond ». Ces derniers ont notamment refusé de photographier des personnes sans abri pour communiquer sur les réseaux sociaux au sujet de l’insécurité près de la gare de Valenciennes. Pascal Durieux a reçu le soutien de Didier Legrand, figure bien connue de la droite valenciennoise. En plus de « faire revivre » Valenciennes « au travers de son histoire et son patrimoine », Pascal Durieux a pour projet, en cas d’élection, de réorganiser la police municipale avec le retour des « policiers à pied ».
La troisième candidate DVD est Isabelle Desoil. L’ancienne colistière de Pascal Durieux a préféré se lancer seule dans la course. Sa liste « Unis pour Valenciennes » a été officialisée à seulement quinze jours du premier tour des élections. Sur celle-ci figurent notamment Christian Peretti, ancien fidèle de Jean-Louis Borloo, ainsi que Thomas Cacheux, autre ancien de la liste Durieux. Si elle est élue, Isabelle Desoil souhaite dynamiser le centre névralgique de Valenciennes. L’ancienne adjointe de Laurent Degallaix dit avoir « vu des manquements » pour lesquels elle voudrait amener son expérience.
La liste de gauche unie, « Valenciennes autrement », est menée par Luce Troadec. C’est la première fois que la conseillère municipale d’opposition se présente à l’élection municipale. Elle se présente avec une liste transpartisane aux côtés de l’écologiste Quentin Omont, la communiste Nathalie Lorette et le socialiste José Pressoir, tous les trois conseillers municipaux. La candidate regrette le « manque terrible de démocratie locale à Valenciennes » et souhaite mettre en place des référendums locaux. Elle souhaite aussi miser sur la culture et transformer l’ancien collège des Jésuites en pôle culturel alors que la baisse régulière des subventions pour les associations sportives et culturelles est souvent pointée du doigt.
À 23 ans, le candidat du Rassemblement national, Tanneguy Adriencense, est le plus jeune de cette campagne municipale à Valenciennes. L’assistant parlementaire du sénateur Joshua Hochart s’était présenté aux élections législatives en 2022 sous l’étiquette Reconquête et avait recueilli 2,86 % des voix. Pour ces municipales, il est soutenu par Sébastien Chenu et Laurent Lasselin. Tanneguy Adriencense place la question de la sécurité au cœur de sa campagne et veut donner plus de moyens aux policiers municipaux.
Le stationnement et les commerces comme premières préoccupations
Le stationnement en centre-ville fait partie des sujets brûlants, notamment depuis le passage récent à une gestion privée. Les habitants craignent la hausse des tarifs. En réponse, la candidate de gauche, Luce Troadec souhaite « renforcer l’offre de transports en commun, avec des horaires plus larges, pour les travailleurs qui se lèvent très tôt, pour les jeunes qui ont besoin de sortir un peu ».
Pascal Durieux veut faire du stationnement une « priorité » de son programme. Il critique la « répression du stationnement » qu’il désigne comme une « variable d’ajustement budgétaire » pour la municipalité actuelle. Il dit vouloir mettre en place « une politique plus juste, plus simple et plus adaptée aux habitants, aux visiteurs et aux commerçants ». En plus de vouloir renégocier le contrat liant la ville avec la société Indigo, le candidat RN Tanneguy Adriencense a pour projet d’allonger les horaires de tramway, créer des nouvelles places de stationnement et réfléchir sur les « modalités de verbalisation ».
Autre sujet de la campagne, les commerces de centre-ville où plusieurs grosses enseignes ont fermé, dont le célèbre Café de Paris. La candidate sans étiquette, Isabelle Desoil, souhaite qu’il y ait plus de « concertation avec les habitants et les commerçants » pour transformer la place d’Armes. Elle souhaite en faire un espace « plus végétalisé ou avec des halles ». Pascal Durieux propose quant à lui la création d’une société d’économie mixte pour « agir efficacement en faveur du rachat des rez-de-chaussée et des baux commerciaux ».
Ce seront donc cinq candidats — ils étaient six en 2020 — qui s’affronteront dans les urnes ce dimanche 15 mars à Valenciennes. Aux dernières élections municipales, Laurent Degallaix est passé au premier tour avec 51 % des voix. S’il pourrait apparaitre comme favori du scrutin, la menace de l’inéligibilité risque de peser sur le scrutin, et sur le début du mandat. Avant d’être unis sur la liste de Luce Troadec, la gauche de Quentin Omont (Valenciennes verte et solidaire) et de Nathalie Lorette (Valenciennes citoyenne) avait recueilli moins de 19 % de suffrages cumulés. Le RN semble s’être implanté sur le territoire valenciennois, à en croire ses derniers résultats aux élections législatives (42,9 %). Reste à voir si le candidat en lice pour la mairie cette année fera mieux que sa prédécesseure, Chantal Plaquet, qui avait obtenu 9,6 % des voix en 2020.
Gabrielle Fromont

