Maire emblématique de la commune pendant plus de 30 ans, François-Xavier Villain est décédé l’an dernier. Deux listes issues de sa majorité classée à droite se disputent sa succession et font face à une liste de gauche et une liste d’extrême droite.
Pour la première fois depuis plus de trois décennies, le nom de François-Xavier Villain ne figurera pas sur les bulletins de vote. Maire emblématique de la ville de Cambrai depuis 1992, l’élu divers droite est décédé en avril 2025 durant son sixième mandat. Il régnait jusqu’alors sans partage sur la commune. Il enregistrait, par exemple, plus de 56 % des voix dès le premier tour en 2020. Une victoire sans appel, bien qu’en deçà de son score de 2014, quand il avait dépassé les 72 %. Sa première adjointe, Marie-Anne Delevallée, lui a succédé pour assurer la transition mais a choisi de ne pas se représenter. Cette double absence ouvre une compétition locale incertaine.
Quatre listes se disputent désormais la gestion de cette ville de 31 000 habitants, marquée historiquement par une forte implantation de la droite. Une partie de la majorité sortante se rassemble derrière Nicolas Siegler, 45 ans, qui mène la liste « Union pour Cambrai ». L’actuel président de l’agglomération de Cambrai et vice-président du Département du Nord bénéficie du soutien de Xavier Bertrand, le président de la Région Hauts-de-France. Son équipe intègre un tiers d’élus sortants, dont certains siégeaient jusque-là dans l’opposition. « Les premières propositions qui nous tiennent à cœur ont trait au pouvoir d’achat, affirmait-il à La Voix du Nord le 8 mars dernier, on n’augmentera pas les impôts des ménages ou des entreprises. » Classé divers droite, il revendique une ligne politique « gaulliste » et veut faire de Cambrai une ville plus « sûre ».
Mais la droite locale aborde ce scrutin divisée. Emeric François, pourtant ancien directeur de cabinet du maire défunt, a fait le choix de prendre ses distances avec Nicolas Siegler. À 30 ans, il a décidé de mener une liste dissidente nommée « La nouvelle énergie pour Cambrai ». « Je me suis rendu compte que je ne partageais pas totalement sa façon de voir la campagne », a-t-il expliqué dans La Voix du Nord. Surtout, il explique la création de cette liste par le ralliement de Jean-Pascal Le Rouge, du parti Renaissance, à la liste de Nicolas Siegler. « Il a été un opposant frontal à la majorité sortante, déclarait-il, il était le chef de file de Renaissance et donc le représentant de la Macronie, c’est trop pour moi. Parce que je ne partage pas du tout les valeurs de la Macronie. »
Dans sa bataille pour le siège de maire, Emeric François met en avant son souhait d’augmenter les effectifs de la police municipale. Pour y parvenir, il s’est entouré de plusieurs membres de la majorité actuelle, renforçant les risques d’une dispersion des voix autrefois unies derrière François-Xavier Villain. A qui pourrait profiter cet éparpillement ?
L’extrême droite vise la victoire
À l’extrême droite, Stéphane Maurice porte les couleurs de la liste « Ensemble, un nouvel élan pour Cambrai ». Déjà candidat lors du scrutin de 2020, cet ancien lieutenant-colonel prône l’union des droites, à savoir la fusion de la droite et de l’extrême droite. Il bénéficie du soutien officiel du Rassemblement national (RN) et de Marion Maréchal. Il pourra s’appuyer sur les résultats des dernières élections législatives, en 2024, où le député (RN) Alexandre Dufosset, présent sur sa liste à la 39e position, s’était largement imposé. Il l’avait remporté dès le premier tour avec 53 % des voix sur la 18e circonscription du Nord, et en récoltant plus de 43 % des suffrages exprimés sur la seule ville de Cambrai. Stéphane Maurice, lui aussi, axe sa campagne sur la sécurité. Il veut presque tripler le nombre de policiers municipaux, portant les effectifs des agents de 7 à 20.
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A gauche, les partis locaux se sont en partie unie sous la bannière « Cambrai en commun », conduite par Benoît Maréchal. Ce représentant de La France insoumise (LFI), qui a rallié à sa liste les Écologistes, n’a pas mis le thème de la sureté au centre de sa communication politique. S’il est élu, il veut notamment mettre en place des référendums décisionnaires, affirmait-il à La Voix du Nord en janvier dernier. Quant à la section locale du Parti socialiste, elle n’a présenté aucun candidat et appelle simplement à faire barrage au RN.
Victor Giat

