Précédent maire inéligible, député LFI donné favori : on vous résume les enjeux du scrutin à Roubaix

Le premier tour des élections municipales verra s’affronter six candidats à Roubaix. Dans cette ville de 100 000 habitants tenue par la droite depuis douze ans, le maire sortant a dû abandonner son fauteuil après une condamnation en justice. Une aubaine pour la gauche ? Le député David Guiraud, tête de liste pour La France insoumise, est en tout cas donné favori, et entend faire de Roubaix un fief du parti. 

Le scrutin des 15 et 22 mars prochain intervient après plusieurs mois d’une situation politique particulière à Roubaix : après l’échec de son recours en cassation, l’ancien maire Guillaume Delbar (divers droite) a été définitivement condamné en novembre 2025 à une peine d’inéligibilité de deux ans, pour « escroquerie en bande organisée» à des fins de fraude fiscale. En décembre, il a donc dû céder son siège d’édile à Alexandre Garcin, son ancien adjoint à la transition écologique, qui brigue désormais sa succession – cette fois-ci dans les urnes.

Elu en 2014 à la faveur des dissensions de la gauche locale, Guillaume Delbar avait été confortablement reconduit en 2020, avec 56,2 % des suffrages exprimés. En douze ans de mandat, les principales orientations de la municipalité de droite ont été la sécurité, la propreté et le logement. Côté sécurité, la mairie se targue d’une chute de 50 % des vols avec violences ou avec armes l’an dernier, et, côté propreté, la réduction du nombre de dépôts d’ordures collectés, qui sont passés de 34 000 à 22 000 en deux ans. Un bilan «dont n’a pas à rougir» l’ancien édile, selon Alexandre Garcin, interrogé par ICI Nord. Concernant le logement, la Ville a été la première de la région à signer une convention avec l’État pour lutter contre l’habitat insalubre, en 2023, permettant à la préfecture d’engager des travaux de rénovation aux frais du propriétaire. Les interventions du service communal d’hygiène et de la brigade des logements vacants, mis en place pour identifier les habitations vides, ont aussi donné lieu à plusieurs condamnations en justice de propriétaires roubaisiens. Des mesures volontaristes, que certains jugent insuffisantes dans une ville profondément touchée par le mal-logement, où 46 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté.

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Roubaix dans le giron de LFI

S’il a annoncé poursuivre les travaux engagés par son prédécesseur, Alexandre Garcin peine à fédérer : un sondage IFOP, commandé par la Voix du Nord et paru le 7 mars dernier, lui attribue seulement 18 % des intentions de vote au premier tour. Un résultat qui le placerait loin derrière le candidat insoumis David Guiraud, crédité de 44 % des voix. Depuis sa déclaration de candidature en octobre 2024,  le député LFI de l’ancienne cité textile est le grand favori de l’élection municipale : ses propositions pour un meilleur accès au logement mais aussi aux aides sociales sont plébiscitées dans la ville la plus pauvre de France. Scrutin après scrutin, Roubaix se révèle de plus en plus réceptive aux discours insoumis. Le parti y a notamment obtenu des résultats colossaux à l’élection présidentielle de 2022 (52,5 %) et aux européennes de 2024 (42,8 %). Si David Guiraud l’emportait, la ville de près de 100 000 habitants deviendrait la plus grande commune française dirigée par LFI, ravissant le titre à Faches-Thumesnil, 18 000 habitants, une autre ville de l’agglomération lilloise.

Face à une France insoumise apparemment irrésistible, l’actuel chef de file de l’opposition au conseil municipal, Karim Amrouni, tente de faire front. Il se représente à la tête d’une liste d’union de la gauche PS-PCF-Ecologistes : après avoir obtenu en janvier le renfort du Parti socialiste, la majorité de sa liste a été constituée avec des membres issus de la société civile. Les deux mesures phares portées par Karim Amrouni étaient la renforcement de la police municipale et gratuité de la cantine scolaire. Mais en conditionnant cette dernière mesure à un « engagement des parents », l’opposant avait créé la polémique à gauche. Avant de devoir rétropédaler sous la pression. Quelques semaines plus tard, en février, sa campagne avait à nouveau été plombée par les propos racistes tenus par sa directrice de campagne, filmée en train d’établir un lien un entre l’état dégradé de certains quartiers de Roubaix et l’origine étrangère de leurs habitants. L’intéressée avait été limogée.

8,9 % de votes pour le RN aux dernières élections

La quatrième figure de cette campagne est celle de la candidate Rassemblement national Céline Sayah, appuyée par le représentant local de Debout la France – parti fondé par Nicolas Dupont-Aignan – Maël Camerlynck. Céline Sayah entend « redresser la ville, restaurer l’autorité républicaine et relancer durablement l’économie locale », et fait campagne sur la prétendue « islamisation » de Roubaix. Malgré les faibles signaux électoraux en faveur du RN,  le candidat du parti à la flamme avait obtenu 8,9 % des suffrages lors du scrutin municipal de 2020. Avant de disparaître du paysage politique local.

Dans l’ombre des candidats plus médiatiques, les petites listes émergent difficilement dans l’opinion : Nacim Zeghlache-Salhi, à la tête de la liste citoyenne Pour Roubaix, François Delbarre, qui porte une liste Lutte ouvrière, et André Hibon (divers droite) font figure de petits poucets de l’élection à venir. Reste à savoir si les Roubaisiens se mobiliseront : il y a six ans, dans le contexte exceptionnel de la crise sanitaire, 77 % des électeurs avaient boudé les isoloirs, établissant un record qui vaut à la ville depuis plusieurs années, le titre de «capitale de l’abstention ».

Emilia Spada

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