Maubeuge restera-t-elle dirigée par la famille Decagny ? Après le père Jean-Claude, entre 1995 et 2001, c’est le fils Arnaud qui est à la tête de cette commune de 28 000 habitants depuis 12 ans. En 2026, le maire sortant divers droite vise un troisième mandat dans une campagne dominée par la dette, la division de l’opposition et l’absence du RN.
Maubeuge va-t-elle basculer ? Depuis 1944, la plus grande commune de la Sambre-Avesnois, avec ses 28 000 habitants, est ballotée entre centre droit et PS. Mais ces dernières années, la gauche a été chassée du pouvoir avec l’émergence de l’héritier Arnaud Decagny.
Fils de Jean-Claude, maire de Maubeuge entre 1984 et 1989 puis entre 1995 et 2001, et député du Nord, le candidat divers droite a pris les rênes en 2014 avant d’être largement réélu six ans plus tard. Arnaud Decagny vise désormais un troisième mandat consécutif dans sa commune natale avec sa liste « Ensemble, Maubeuge avance » lui permettant de dépasser son paternel.
La gauche espère enfin mettre un terme à l’hégémonie de la famille Decagny. Après deux échecs en 2014 et 2020, l’ancien maire PS Rémi Pauvros a jeté l’éponge. La cheffe de file de l’opposition locale, Sophie Vilette, candidate malheureuse aux élections législatives de 2022 sous l’étiquette Nupes, a repris le flambeau et bénéficie d’un soutien large des communistes aux écolos sans oublier sa base socialiste.
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Une gauche divisée
Mais la gauche part une nouvelle fois morcelée. Deux candidatures pourraient priver l’ancienne juriste de voix décisives. La première émane de la France insoumise. Isolé à gauche dans ces municipales, le mouvement compte sur Abdoullah Boughazi pour confirmer ses excellents résultats obtenus lors des dernières élections européennes, avec environ 25 % des suffrages.
«Notre objectif, c’est la victoire de la gauche de rupture. Sur les présidentielles et européennes, on a progressé en nombre de voix. On va réitérer l’exploit, il y aura des surprises. On était 200 à Maubeuge en septembre 2025 lors du meeting d’ouverture avec Manuel Bompard. Ca nous a donné une légitimité », affirme cet ancien militant du PS.

Lutte ouvrière sera elle aussi esseulée dans l’Avesnois. Après avoir présenté une liste commune lors des dernières municipales en 2020 avec le Parti communiste français, LO n’a pas réussi à conclure une nouvelle alliance. Laurent Lehrhaupt, tentera de faire à nouveau entendre la voix des travailleurs.
Si la gauche est divisée, la droite l’est tout autant, avec une seconde candidature, celle de Jean-Pierre Rombeaut. Troisième en 2020 et quatrième en 2014, il espère profiter des difficultés du maire actuel et de l’absence du RN pour enfin s’imposer.
Le paradoxe du RN, grand absent des débats
Si la circonscription de Maubeuge a été remportée par le RN lors des élections législatives de 2024, aucun candidat affilié au Rassemblement national ne sera présent, contrairement à 2014 et 2020. Un abandon lié au départ surprise de la députée Sandra Delannoy du groupe RN, en janvier. Vers qui se reportera l’électorat du parti ? Cinq candidats sur la ligne de départ et aucun débat, c’est le regret de la tête de liste insoumise à la veille d’un scrutin décisif pour Maubeuge.

Autre enjeu tout aussi considérable pour l’ensemble des prétendants : la gestion de la dette de la ville. Cette dernière s’est creusée à hauteur de 91,3 millions d’euros en 2024 selon un rapport de la Chambre régionale des comptes, avec en cause un recours massif à l’emprunt depuis 2021 . « On a une ville qui est en train de mourir. Maubeuge est en quasi-faillite, on n’a pas de budget en 2026 », s’alarme Jean-Pierre Rombeaut, avant d’ajouter : « Il y a un déclin démographique. Le taux de chômage augmente, de nombreux commerces vont fermer ».
La dette de la ville au cœur de la campagne
Le maire sortant dément, arguant que cette dette était un legs des précédentes mandatures. Mais maintenant, que faire face à une conjoncture financière délicate ? « Il faut trouver des moyens de rebondir. Il n’y a qu’une seule voie : celle des économies. Je propose un grand plan d’économies de sept millions d’euros », suggère Jean-Pierre Rombeaut. À gauche, les candidats veulent prendre leur temps pour réaliser des audits et des plans économiques. « On va arrêter de passer par des prestataires privés. L’argent va être investi dans un plan de rénovation des écoles », promet pour sa part le candidat LFI.
Des projets diamétralement opposés dans une ville ou le clivage classique PS/UDI a tendance à disparaître. Lors des élections européennes de 2024, LFI et le RN avaient recueilli 65 % des voix à eux deux. Comment cette nouvelle donne va-t-elle infuser l’élection municipale à Maubeuge ? Réponse ce dimanche 15 mars.
Yohan Mouchon et Quentin Benoist

