À Tourcoing, la maire sortante Doriane Bécue a facilement été réélue au deuxième tour avec 55,4 % des voix. La liste insoumise menée par Émilie Croës n’est pas parvenue à attirer tous les électeurs des listes de gauche éliminées au premier tour et termine à 24,9 %. Pour le RN, Bastien Verbrugghe obtient 19,6 % des voix et multiplie par deux le nombre de conseillers municipaux de son parti.
Applaudissements, hurlements de joie, Marseillaise entonnées, des cris « Bécue, Bécue », lorsque la maire sortante de Tourcoing descend les marches de l’hôtel de ville, les supporters de Doriane Bécue sont surmotivés. Accompagnée sur l’estrade par l’ancien maire Gérald Darmanin, deuxième de liste et ministre de la Justice, elle doit attendre que la cohue se calme pour pouvoir annoncer les résultats.
« 5 752 voix pour Émilie Croës », de la France insoumise, le score en pourcentage (24,9 %) est couvert par les huées des supporters de Doriane Bécue et les applaudissements de ceux de Tourcoing insoumise. Lorsque la maire sortante annonce sa victoire avec 55,4 % des voix, des chants « on a gagné » retentissent, l’obligeant à attendre une bonne minute avant de pouvoir donner le score de son adversaire du RN, Bastien Verbrugghe, qui obtient 19,6 % des suffrages.
Après avoir largement remporté le premier tour, Doriane Bécue conserve donc la ville. Juste après avoir été félicitée par une policière municipale, elle se dit « très heureuse ». Elle poursuit : « C’est le travail de toute une équipe. La proximité avec les habitants paye. Même si on est une ville de 100 000 habitants, on reste très proche des administrés ». Une proximité dont témoignent plusieurs électeurs croisés dans la journée. Doriane Bécue regrette, cependant, « qu’on n’ait finalement que les extrêmes dans l’opposition » et « remercie la gauche républicaine qui a voté pour nous ».
La France insoumise ne fait pas le plein à gauche
En effet, alors que le total des listes de gauche au premier tour était d’environ 32 %, la liste d’Émilie Croës, Tourcoing insoumise, n’a obtenu que 24,9 % des voix. Hicham En-Naji, le directeur de sa campagne, admet : « Le plein n’a pas été fait » du côté de l’électorat de ces listes, avec qui la FI n’a pas fusionné. « Sans commentaire », lâche Katy Vuylsteker, la tête de liste écologiste éliminée au premier tour, elle aussi présente à la mairie. Émilie Croës déplore que des sympathisants de gauche aient fait « barrage à la France insoumise » malgré « des proximités programmatiques ».

Par exemple, Clélia, qui a voté écologiste le 15 mars, croisée plus tôt dans la journée devant son bureau de vote, s’est reportée sur Doriane Bécue le 22. « Je ne pouvais pas voter LFI. Mélenchon je ne peux pas », explique-t-elle.
La tête de liste insoumise se satisfait d’être la première force d’opposition et d’obtenir « six ou sept élus et peut-être deux à la MEL ». Elle promet de « continuer à travailler sur le terrain et faire du porte-à-porte pour faire remonter les besoins des gens dans les conseils municipaux ». Côté RN, la présence insoumise au conseil municipal inquiète. Bastien Verbrugghe, la tête de liste, craint « le futur climat instauré par les élus insoumis ».
Une forte abstention
Il se félicite également « du renouveau du camp national » dans la commune, qui lui permet d’obtenir entre « quatre et cinq élus, deux fois plus qu’il y a six ans » et promet « d’être une opposition vigilante ». Il souligne également l’abstention qui a été élevée au second tour (64,4 %). « Le premier vainqueur, ce n’est pas le clan Darmanin mais l’abstention. Il faut se poser la question collectivement du pourquoi. Nous sommes élus mais très mal élus. Il faut l’humilité de chacun, notamment du camp Darmanin-Bécue ».

Dans les quartiers populaires, la France insoumise se vante pourtant d’avoir endigué l’abstention, ce qui permet à LFI de remporter « deux, voire trois bureaux de vote à la Bourgogne et à l’Épidème, contrairement au premier tour [où ils ont tous été gagnés par Doriane Bécue] », d’après Hicham En-Naji.
Prochaine étape : l’installation du conseil municipal la semaine prochaine et l’élection du prochain président de la MEL. Interrogé sur ses ambitions pour le poste, Gérald Darmanin affirme se « focalis[er] sur Tourcoing ».
Vladimir Benlolo

