À 32 ans, Louis Delemer a été investi par les Républicains et plusieurs partis de centre-droit pour mener une liste à Lille aux élections municipales des 15 et 22 mars. Placé dans un foyer de l’Aide sociale à l’enfance lorsqu’il était adolescent, il défend une « droite sociale ».
Son placement en foyer ? Louis Delemer n’en tient pas sa mère pour responsable. « Ce n’était pas une mauvaise maman, elle était juste dépassée », raconte le candidat de 32 ans, investi par Les Républicains pour mener leur liste aux élections municipales à Lille. Vendeuse au Printemps, elle s’occupait seule de lui. À 14 ans, après de multiples absences à l’école, son cas est signalé. À 16 ans, il est placé en foyer par l’Aide sociale à l’enfance (ASE).
Assis dans un petit fauteuil blanc, dans son QG de campagne, Louis Delemer raconte s’être retrouvé avec « des gens à qui on n’a pas donné à manger pendant plusieurs jours, des enfants de “taulards”, placés à la naissance ou violés par leurs parents ». Ne se sentant pas à sa place, il décide de « s’en sortir » et enchaine les petits boulots « pourris » avec des « horaires de merde ». Il est serveur à la brasserie La Chicorée, à deux pas du Printemps, puis aide à domicile. À 22 ans, il devient conseiller en service financier en CDI à la Société générale.
Aujourd’hui, militant chez les Républicains depuis dix ans, il souhaite devenir maire de Lille, où il a toujours vécu. Rien que ça. Et c’est peu dire que c’est une mission compliquée dans cette ville de gauche. D’autant plus que sa seule candidature a suffi à ce qu’on lui mette des bâtons dans les roues : alors qu’il était rapporteur à la commission des Affaires sociales du département du Nord (pour la majorité de droite), il raconte qu’il lui a été indiqué que son contrat de travail ne serait pas renouvelé, fin septembre 2025, s’il maintenait sa candidature. « On m’a dit que ce ne serait pas compatible avec mon contrat de travail, parce que cela induirait un soutien du président à ma candidature », précise-t-il.
Plusieurs personnes évoluant dans la sphère politique lilloise nous ont indiqué que ces pressions viendraient de Violette Spillebout, la candidate macroniste à la succession d’Arnaud Deslandes. Questionné, Louis Delemer reste vague : « Moi, on ne m’a pas parlé de Violette Spillebout, chacun tirera les conclusions qu’il veut ». Interrogée, la députée du Nord dénonce des « rumeurs » propagées par son adversaire et affirme ne pas être responsable de « ses échecs professionnels ». Contacté, le Département affirme que d’autres affectations ont été proposées à Louis Delemer, qui les a refusées, et dénonce des « rumeurs fausses et totalement infondées » concernant d’ « éventuelles pressions ».
Une droite qui se veut sociale
Pour administrer Lille, le trentenaire souhaite s’inspirer aussi bien du programme que des réalisations de Gérald Darmanin et Doriane Bécue, les deux derniers maires de Tourcoing. Stationnement gratuit pour les Lillois, révision des prix de la cantine scolaire, redynamisation du centre-ville, autant de projets qu’il a mis au point avec ses équipes.
Sur le logement, s’il déplore que des maisons soient divisées en studios loués à des loyers « exorbitants », il reste opposé à l’encadrement des loyers, « un mauvais message pour les investisseurs ». Il préconise « un choc d’offre » par la construction de logements. « Je veux regagner du foncier en recouvrant le périphérique sud afin de créer 15 000 à 20 000 logements », détaille-t-il.
Autre ambition « sociale », le maintien de la Maison de l’aide à domicile où il a travaillé, il y a plus de dix ans. Avec 4 500 clients revendiqués, l’association apporte des services de ménage, d’assistance et d’accompagnement à des personnes âgées et en situation de handicap. Son équilibre économique serait précaire (en léger déficit en 2023, elle est bénéficiaire en 2024). L’aspirant-maire promet de consacrer des fonds municipaux à sa survie si nécessaire.
C’est de son parcours personnel « cabossé » qu’il tire la sensibilité « sociale » ou « populaire » de la droite qu’il revendique. Il souhaite s’inscrire dans la lignée de Nicolas Sarkozy, Xavier Bertrand ou encore Gérald Darmanin. Le premier, malgré son goût pour le bling et les Rolex, s’était appuyé sur un électorat de droite populaire pour être élu en 2007 et avait même revendiqué l’héritage du leader socialiste Jean Jaurès. Le dernier affirme depuis 2014 être d’une « droite populaire », proche du peuple.
C’est l’ancien président qui, en 2012, a le premier séduit Louis Delemer. Son discours sur le travail qui permet de « s’en sortir » résonne avec le parcours du jeune adulte. Louis Delemer passe le pas de l’engagement lors de la campagne des élections régionales de 2015. Le jeune Lillois tracte, colle des affiches pour Xavier Bertrand et progresse dans l’organigramme des Jeunes Républicains du Nord. En 2016, il quitte son emploi pour travailler à l’organisation de la primaire de la droite et du centre à la demande de Gérald Darmanin. Le ministre de la Justice actuel est alors le patron de la fédération du Nord des Républicains. Se succèdent ensuite plusieurs postes de collaborateurs d’élus de droite.
Droite sociale ou droite libérale ?
Jusqu’à récemment, il travaillait avec la majorité départementale dans le Nord. Pourtant, le Département a été pointé du doigt pour sa gestion de l’Aide sociale à l’enfance avec en point d’orgue le procès dit « de Châteauroux ». Une association sans agrément adéquat a reçu 300 000 euros de la collectivité locale pour accueillir des enfants placés venus du Nord. Ces derniers y ont été victimes de faits de violence multiples entre 2011 et 2017. Pour le candidat LR, ces problèmes viennent « du passage à une gestion départementale de l’aide sociale à l’enfance qui crée des disparités de financement entre des territoires aux besoins différents ».
Mais l’hôtel de ville lillois reste encore loin – et l’opposition, rude. Stéphanie Bocquet, la présidente du groupe écologiste au Département, estime de son côté que les politiques menées par le président Christian Poiret sont loin d’être sociales. Elle décrit une « chasse » aux allocataires du RSA pour qui les sanctions pour non-représentation ont été durcies, facilitant les suspensions d’allocation. « Il est normal qu’on coupe le RSA quand les règles du jeu ne sont pas respectées », conteste Louis Delemer. « La politique de la majorité au Département du Nord, je ne sais pas si c’est la droite sociale, mais c’est la droite libérale », dénonce Stéphanie Bocquet. La politique de la Ville de Lille, elle, sera entre les mains des électeurs, les 15 et 22 mars.
Vladimir Benlolo

