Les insoumis ont fait salle comble, jeudi 19 mars, à Lille, à l’occasion d’un meeting d’avant second tour qui avait déjà « un goût de victoire ». Jean-Luc Mélenchon est venu soutenir la candidate lilloise Lahouaria Addouche, alors que celle-ci fera face ce dimanche à la majorité sortante, renforcée par son alliance avec les écologistes.
Sous le plafond de verre du Grand Palais, la foule s’agite, impatiente. Les organisateurs s’affairent à faire rentrer les « 3 000 spectateurs » qui ont répondu présents au rassemblement insoumis, annoncé seulement trois jours plus tôt. Devant l’engouement des spectateurs – jeunes pour l’immense majorité – un écran géant a été installé dans le hall d’entrée afin que les retardataires puissent suivre les différentes prises de paroles. Entrée sous les applaudissements d’un public galvanisé, Lahouaria Addouche est accompagnée des figures du mouvement dans le département, comme Aurélien Le Coq, député du Nord, David Guiraud, donné favori à la mairie de Roubaix, et Patrick Proisy, maire sortant de Faches-Thumesnil.
Présentée comme « celle qui fait trembler les notables » – en lien avec son expérience dans le travail social -, la candidate arrive au pupitre sous les ovations. « Je prends le temps de vous admirer car la majorité actuelle ne me craignait pas, et quand je vous vois ce soir, je crois qu’ils ont beaucoup à craindre », sourit-elle face à son audience. Placée en deuxième position à l’issue du premier tour, à quelques points du maire sortant socialiste Arnaud Deslandes, la tête de liste insoumise dit vouloir faire de la capitale des Flandres « une ville antifasciste, une ville de résistance ». Et la candidate de résumer les grands axes de son programme, articulés autour du logement, de l’accès aux services publics par les personnes précaires, et de l’écologie.
Lire aussi : « Maintenant, je suis plus aux aguets » : à Lille, la violence décomplexée de l’extrême droite inquiète
« Je sais ce que ça veut dire de compter le moindre euro »
Lahouaria Addouche rappelle son projet de création d’une brigade municipale du droit au logement, pour contrôler l’insalubrité et le dépassement des loyers, annonçant que la mairie déposera plainte contre le bailleur social Lille Métropole habitat (LMH) pour ses manquements en matière de logement décent. Un taquet direct à la métropole, suivi de l’annonce de mesures de gratuité de la cantine scolaire, ainsi que de la crèche et du périscolaire. « Je sais ce que ça veut dire de compter le moindre euro », relate la tête de liste de La France insoumise, confiant au public avoir été élevée par une mère seule.

À l’heure où « 50 000 personnes vivent sous le seuil de pauvreté à Lille et où 47,5 % d’entre elles sont issues de familles monoparentales », la candidate propose notamment « l’instauration d’une carte municipale dédiée aux familles monoparentales, pour accès privilégié aux services publics ». Portant sa candidature pour une mairie « qui sera du côté des femmes », son programme prévoit la mise en place de lieux d’accueil et d’accompagnement pour les victimes, ainsi qu’une formation de la police municipale à leur écoute. La promesse prend des accents démagogiques lorsque Lahouaria Addouche assure que « la mairie se portera partie civile pour chaque dépôt de plainte pour violence faites aux femmes » – une mesure ovationnée malgré le défi logistique et juridique posé par cette déclaration.
Lire aussi : Lille-Lomme-Hellemmes : le scrutin dans les communes associées, décisif pour le second tour dimanche
Citant ses grands projets, elle évoque la création d’un espace vert à la friche Saint-Sauveur, pensé comme un deuxième poumon vert avec la citadelle « qui ne profite qu’aux quartiers les plus favorisés », et la gratuité du stationnement et des transports. « Si je ne tiens pas mes engagements, vous pourrez me révoquer, car Lille n’appartient pas au maire, Lille appartient aux Lillois et aux Lilloises », conclut Lahouria Addouche. Avant d’introduire son mentor, celui qui lui a « redonné confiance en la politique, et nous apprend à tenir bon dans la tempête ». Jean-Luc Mélenchon s’avance sur la scène, sous une salve d’applaudissements de plusieurs minutes.
« Quand Lahouaria fait campagne, le RN recule »
« Ensemble nous avons franchi toutes les étapes », commence le ténor du mouvement, qui voit dans la candidature LFI un changement « qui va au-delà de lui-même ». « En voyant mes camarades, je vois se dessiner cette nouvelle France que j’appelle de mes vœux », souligne celui qui joue le vieil oncle, pointant du doigt « son ami » David Guiraud au premier rang : « T’as intérêt à bien finir la semaine ! ». Pour le leader insoumis, qui appelle déjà Lahouaria Addouche « Madame la Maire », « son élection c’est la victoire et la page qu’on tourne de l’idée d’une France rabougrie, abominable et ridicule ». Ramenant les enjeux nationaux et internationaux dans la capitale des Flandres, Jean-Luc Mélenchon se lance dans une longue diatribe politique sur la genèse de LFI, un mouvement qui a toujours voulu « parler à cette nouvelle France ».
Se moquant de la qualification de son mouvement à l’extrême gauche par le ministère de l’Intérieur – « appelez-nous comme vous voulez, on est là et on ne partira pas » – il dresse le bilan du scrutin du premier tour dans le pays. « Une liste d’extrême droite sur deux n’arrive pas au second tour, et une liste sur trois est arrivée dernière », se réjouit-il. « Si nous continuons sur cette lancée, avec ces méthodes-là, nous pourrons l’emporter en 2027 », veut-il croire. Et Jean-Luc Mélenchon d’affirmer : « Quand Lahouria fait campagne, le RN recule ».
Emilia Spada

