À quatre jours du second tour des municipales, le marché de la place d’Armes a des airs de campagne électorale à ciel ouvert. Militants, badauds et candidats s’y croisent sous un soleil de mars, dans une ville où une triangulaire opposera dimanche le maire sortant, Laurent Degallaix, à la gauche et à l’extrême-droite. Entre procès et volte-face, Valenciennes est au bord du chaos électoral.
Entre une camionnette de fromager et un étal débordant d’endives, Luce Troadec, la candidate de la gauche unie, serre des mains, distribue des tracts, sourit. Ce mercredi matin, au marché de la place d’Armes à Valenciennes, à travers les allées, ses militants côtoient ceux du Rassemblement national. Les tracts fleurissent de partout, seule l’équipe du maire sortant, Laurent Degallaix, est absente. Le dimanche précédent, au soir du premier tour, Valenciennes a livré un résultat particulièrement serré : Laurent Degallaix (Horizons) est arrivé en tête avec 28,5 % des voix, talonné par Luce Troadec (union de la gauche) à 24,8 %, et Tanneguy Adriencense (Rassemblement national) à 24,3 %. Il y a six ans, le maire sortant avait été réélu dès le premier tour, avec 51 % des voix.
Dimanche, ils seront trois à se disputer les électeurs valenciennois. Laurent Degallaix pour la droite, Tanneguy Adriencense pour l’extrême droite, Luce Troadec pour la gauche.
Isabelle Desoil, arrivée quatrième à 13,1 %, s’est désistée et a enjoint à ses électeurs de faire « barrage aux extrêmes », un appel implicite à voter pour la liste Degallaix. Pascal Durieux (divers droite), cinquième avec 9,3 %, a quant à lui annoncé d’abord une fusion avec Luce Troadec – avant de faire volte-face deux heures plus tard, invoquant « des désaccords » et « une décision précipitée ». Il ne donnera aucune consigne de vote. De quoi entretenir l’espoir du RN : « L’écart de voix se résume à un mouchoir de poche », indique Tanneguy Adriencense. Moins de mille voix séparent les trois listes encore en lice. Tout reste possible pour le second tour.
« LFI me fait plus peur que l’extrême droite »
Pascale Bolivare, retraitée et ancienne responsable du service culturel de l’université de Valenciennes, s’arrête devant un stand de bijoux. Pour le second tour, son choix n’est pas encore fait. « Ce qui est sûr, c’est que LFI me fait plus peur que le Rassemblement national. Je n’aurais jamais pensé dire ça un jour dans ma vie ».
Luce Troadec est une ancienne insoumise, même si elle a quitté le parti depuis 3 ans – pour créer le mouvement L’Après avec plusieurs autres frondeurs du parti. Ses détracteurs, avec en tête Tanneguy Adriencense, l’accusent régulièrement d’être d’extrême gauche. « On a trois quarts des gens dans notre liste qui n’ont jamais fait de politique », réfute la candidate, qui souhaite avant tout réunir « toutes les forces de gauche » au sein de sa liste afin de contrer l’extrême droite : « Les affaires judiciaires du maire sortant [Laurent Degallaix a été jugé pour « complicité de prise illégale d’intérêts » et « subornation de témoin », la décision du tribunal est attendue le 30 avril prochain ] créent un profond désamour pour la classe politique traditionnelle. Et, ça fait monter le Rassemblement national, le véritable danger de cette élection »
La voiture, enjeu majeur de la campagne
Pour beaucoup de Valenciennois croisé sur le marché, une préoccupation domine : la place de la voiture en ville. « On ne peut plus se garer nulle part et on prend tout le temps des PV », résume Christophe, maraîcher du marché. Le stationnement cristallise les tensions, et chaque candidat y va de sa promesse. Le maire sortant a reconnu avoir « entendu » les critiques et promet « plus de flexibilité et moins de sévérité sur le stationnement », sans pour autant dévoiler de mesures concrètes au-delà du maintien de l’heure gratuite et de quelques aménagements en centre-ville.
À sa gauche, Luce Troadec veut tourner la page du contrat confié à la société de stationnement Indigo, qu’elle qualifie de « racket organisé » : moins de rondes de « sulfateuse à PV », retour d’agents municipaux sur le terrain et extension des navettes électriques. Tanneguy Adriencense, le candidat RN va encore plus loin. Il réclame la renégociation, voire la résiliation, de ce contrat. Si la verbalisation doit subsister, il veut « des règles assouplies et la gratuité pour les soignants à domicile. »
La « tambouille politicienne » suscite le désintérêt
Des alliances qui sont annulées, des candidats qui s’écharpent sur leur « extrémisme » respectif, un procès en cours pour le maire sortant, les causes sont multiples mais elles ont toutes le même effet. Elles suscitent le désintérêt, voire le dégoût d’une partie des électeurs. « J’ai arrêté de suivre, de toute manière je ne vais pas voter dimanche prochain », résume Francis, un Valenciennois en train de faire ses courses au marché. Les habitants suivent le feuilleton de l’entre-deux-tours avec un mélange de stupeur et de lassitude. Luce Troadec ne mâche pas ses mots :« À force de prendre les Valenciennois pour des imbéciles, ils se révoltent un peu » . Elle dénonce le système autour du maire sortant : « Ils font tout pour être maintenus en place, avec certains adversaires politiques, ils finissent toujours par se remettre ensemble quand leurs intérêts convergent. ».
Du côté du RN, même son de cloche. Tanneguy Adriencense : « Cette campagne aurait pu être une série Netflix. Leurs électorats doivent être perdus. Il faut réussir à les remobiliser ». Cette confusion profite à l’abstention. Elle s’est élevée à 45,8 %, soit 11 821 électeurs qui ne se sont pas rendus aux urnes. Elle pourrait s’avérer décisive alors même que les trois candidats semblent au coude-à-coude. Reste à savoir si l’appel des candidats à la mobilisation se traduira dans les urnes dimanche prochain.
Quentin Benoist

