À l’approche du second tour, la cité du textile observe la décomposition d’un bloc central et d’une gauche hors-LFI incapables de s’unir. Une aubaine pour David Guiraud, qui a su allier discours international et ancrage de proximité pour s’imposer comme l’unique recours d’un électorat fragmenté.
Le scénario semble écrit d’avance. À Roubaix, David Guiraud (La France insoumise) s’avance vers le second tour des municipales avec l’assurance du favori que plus rien ne vient entraver. Au soir du premier tour, son score, 46,6 %, l’a placé sur une rampe de lancement que ses adversaires, divisés, contemplent avec une certaine impuissance.
L’ambition d’Alexandre Garcin, maire sortant étiqueté divers droite, semble s’être brisée sur l’écueil des alliances impossibles. Avec 20 % des voix, M. Garcin espérait pouvoir compter sur un « front anti-LFI », mais la réalité du terrain a eu raison des calculs d’états-majors. Karim Amrouni (divers gauche), arrivé troisième avec 16,7 %, a balayé d’un revers de main toute velléité de fusion avec la majorité sortante. Un refus qui laisse la droite dans une impasse tactique, d’autant que le paysage s’est encore complexifié avec le maintien de la candidate du Rassemblement national.
Céline Sayah (11,9 %), irritée par le refus d’Alexandre Garcin de s’allier à elle, a choisi de maintenir sa candidature, précipitant la ville dans une quadrangulaire qui vide de son sens toute stratégie de barrage.
Le « grand silence » des isoloirs
Pour David Guiraud, le danger n’est plus chez ses concurrents, mais dans le « grand silence » des isoloirs. Car derrière l’éclat de ses 46,6 %, la réalité comptable est moins reluisante : ce score ne repose que sur 8 560 suffrages, soit 17,2 % des près de 50 000 électeurs inscrits à Roubaix. Cette fragilité démocratique, le candidat insoumis l’a intégrée à son discours de campagne : « Nous ne nous battons pas juste pour faire un score, nous nous battons pour être élus par le plus de Roubaisiens possibles », déclarait-il au lendemain du premier tour.
Le député de la 8e circonscription du Nord n’a pourtant pas ménagé ses efforts. Sa campagne, lancée il y a dix-huit mois, a été pensée pour convaincre les abstentionnistes. En superposant les enjeux internationaux, comme ses prises de position sur le conflit à Gaza, qui résonnent fortement dans une ville à la sociologie marquée, et les problématiques de quartier, il a construit un récit politique global.
L’échec relatif de la mobilisation
Surtout, David Guiraud a su mobiliser des « relais d’opinion » atypiques. En s’affichant aux côtés de figures respectées des quartiers populaires, à l’instar des boxeurs Djibril et Seydi Coupé, il a cherché à briser la méfiance atavique de la jeunesse roubaisienne envers la politique institutionnelle. Le résultat est contrasté. Si dans le quartier de l’Alma, haut lieu de la précarité locale, le candidat LFI a écrasé le scrutin avec plus de 70 % des suffrages, il n’a pas réussi le miracle de la participation : seuls 26 % des inscrits s’y sont déplacés.
Dimanche, l’enjeu sera donc double pour l’élu insoumis : confirmer une victoire qui semble lui tendre les bras, mais surtout donner une assise populaire à un mandat qui, sans un sursaut des abstentionnistes, resterait marqué par le sceau de la déconnexion entre la ville et ses urnes.
Boubacar Sidiki Haïdara

