CARTE. Quelles communes le Rassemblement national peut-il encore gagner dans le Nord et le Pas-de-Calais ?

Après avoir conquis quatre nouvelles communes du Pas-de-Calais à l’issue du premier tour des élections municipales, le Rassemblement national n’espère pas s’arrêter là. Tour d’horizon des villes où le parti à la flamme nourrit encore des ambitions de victoire, dimanche 22 mars

« Dimanche, tous les patriotes doivent se rendre aux urnes, soyez aux rendez-vous ! » Pour Jordan Bardella, la « percée historique » du Rassemblement national lors de ces élections municipales n’est qu’un début. Pour preuve, Marine Le Pen, cheffe de file du parti d’extrême-droite, était en tournée dans le Pas-de-Calais mercredi 18 mars pour tenter de faire pencher la balance, à quelques jours du second tour.

Depuis Billy-Montigny, commune limitrophe de son fief d’Hénin-Beaumont, l’ancienne candidate à l’élection présidentielle a salué « des résultats exceptionnels » et dénoncé les alliances à gauche visant à endiguer les chances de victoire de ses candidats. Retour sur les derniers espoirs des listes d’extrême-droite dans le Nord et le Pas-de-Calais.

Le RN se maintient dans une trentaine de villes

Sur un total de 76 candidatures classées à l’extrême-droite, 67 étaient étiquetées Rassemblement national, dimanche 15 mars. Parmi elles, 7 ont été élues au premier tour, 32 se maintiennent au second tour, 28 ont été éliminées. Alors que les listes du second tour du scrutin ont été déposées et que le jeu des alliances est désormais clos, huit d’entre elles affichent de réelles chances de victoire. Ville par ville, visualisez les principales possibilités de victoire du parti dans les communes du Nord et du Pas-de-Calais.

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À Fresnes-Sur-Escaut, malgré un très bon score de la maire sortante, étiquetée divers gauche (41 %), la liste d’extrême-droite, menée par Nicolas Dujardin (Rassemblement national), n’a pas dit son dernier mot. Alors qu’une triangulaire était attendue, un accord a été trouvé entre ses colistiers et ceux de Fabrice Zaremba, candidat divers droite et conseiller municipal d’opposition depuis 2020.

« S'unir est une question de bon sens pour notre commune », a ainsi déclaré Frédéric Zaremba, qui « refuse de commettre la même erreur qu'en 2020. » En échange de cette fusion de liste inattendue, Nicolas Dujardin a accepté de céder la tête de la liste au candidat de droite : une alliance qui leur offre théoriquement plus de 400 voix d'avance dans une commune où la participation s'est élevée à 58 % au premier tour.

Ville communiste, Billy-Montigny (62) pourrait bien rejoindre sa ville grande sœur, Hénin-Beaumont (62), et basculer du rouge au brun. Arrivé en tête avec 42,9 % des voix au premier tour, Yanis Gaudillat, candidat du Rassemblement national, affronte au second tour Bruno Troni, maire communiste de la ville qui bénéficiera du retrait de la troisième liste, classée divers gauche.

Symbole de l'importance de la ville pour le RN, Marine Le Pen s'y est déplacée ce mercredi 18 mars pour encourager le jeune candidat d'extrême droite. C'est le benjamin des têtes de listes du Rassemblement national dans la région. À seulement 21 ans, le collaborateur parlementaire pourrait devenir le plus jeune maire du parti dans le département, succédant à Ludovic Pajot, élu à 27 ans en 2020 à Bruay-la-Buissière.

Front républicain ou non ? À Valenciennes, après un premier tour serré où le candidat du Rassemblement national a réalisé un score lui permettant de se rêver maire de la ville (24 %), des tractations en tout genre ont émergé dès lundi 16 mars pour des résultats contrastés.

Résultat : seules trois listes sont encore en course contre quatre qualifiées, malgré une tentative « avortée » de la droite et de la gauche de s'unir pour« empêcher que la ville tombe dans les mains du Rassemblement national ou de Laurent Degallaix », s'est justifiée la tête de liste de l'union à gauche, Luce Troadec.

Ce n'est pas passé loin. Avec 49,3 % des voix exprimées, le Rassemblement national a failli l'emporter dès le premier tour à Courcelles-lès-Lens face aux quatre listes de gauche. Ces dernières avaient rassemblé plus de 50 % des suffrages. Mais aucune fusion n'a été entérinée pour assurer à la maire sortante divers gauche, Édith Bleuzet, de briguer un nouveau mandat.

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84 voix. Un manque à combler pour Raphaël Eraldi, le protégé de la députée Caroline Parmentier, qui bénéficiera au second tour d'une absence de barrage républicain.

Faiseur de roi, Christophe Flajollet, conseiller municipal d'opposition, a refusé toute alliance avec la maire sortante divers gauche Carole Dubois, estimant que « Lillers mérite mieux qu’un duel par dépit ! » De son côté, Carole Dubois se dit confiante, « forte d'un bilan solide. »

« Dans un esprit de responsabilité, la liste a décidé de ne pas se maintenir au second tour. » Après avoir réuni près de 20 % des voix, Florian Grébeau, candidat divers droite, compte sur le report de ses plus de 700 voix pour défendre une « démocratie locale respectueuse et libre », sans toutefois donner de consignes de vote.

En cause, le résultat aussi impressionnant que surprenant du premier tour de la liste du Rassemblement national, qui a recueilli plus de 45 % des voix, à moins de 200 votes d'une victoire par KO au premier round. Un score presque doublé par rapport à 2020. Dans la dernière ligne droite, François Vial, la tête de liste, a pu compter sur le déplacement de Marine Le Pen, qui a fait la tournée des commerçants de la commune. Face à lui, la maire actuelle divers gauche, Fabienne Dupuis-Merlevede, accuse un retard qu'elle tente de combler en s'appuyant notamment sur « une équipe remaniée », affirmant avoir « entendu le message » des habitants.

15 voix devant la gauche, 150 derrière la maire sortante : à Saint-Pol-sur-Ternoise, le RN est coincé dans un étau. Devant lui, Danielle Vasseur, maire sans étiquette et élue municipale depuis 1995, n'a pas fusionné sa liste avec celle de Claude Roussez, classée divers gauche. Cette dernière, à la tête d'une candidature citoyenne, a estimé que « Danielle Vasseur [était] hors de danger » et a ajouté « qu’il n’y a pas de raisons [de] lâcher prise et [de] les laisser en tête-à-tête avec le RN. »

Dans le Ternois comme dans le bassin minier, la petite ville de moins de 5 000 habitants a également pu compter sur l'appui sur le terrain de Marine Le Pen ce mercredi 19 mars.

Maire de gauche de Montigny-en-Gohelle, Marcello Della Franca devra attendre le second tour pour retrouver son siège, à la différence de 2020 : il lui aura manqué 14 voix. Face à lui, Odile Casier, candidate de Rassemblement national, surfe sur une bonne participation dans la ville, obtenant 1 570 voix, soit 200 de plus que le total du vainqueur de 2020.

Le duel s'annonce donc serré, avec un avantage pour le maire sortant qui pourra compter sur le report de voix des électeurs de Maryse Delvallez, candidate insoumise qui appelle « à faire barrage à l'extrême droite. »

Théo Guimier

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