Après les résultats du premier tour et l’annonce des fusions en vue du scrutin du dimanche 22 mars, les candidats nordistes étaient de retour sur le terrain, cette semaine. Mais si la lutte s’annonce acharnée entre les prétendants à la victoire, d’autres candidats savent qu’ils ne joueront qu’un rôle de figurants dans la prochaine mandature. Comment rester mobilisé quand les jeux semblent faits ?
« Nous aussi, on est gentils. Votez Spillebout ! », s’écrie un militant Renaissance au milieu du dédale d’allées du marché de Wazemmes. « Elle ne va pas passer », rétorque un badaud. « C’est certain. Il faut quand même voter », admet un partisan de la candidate macroniste. Ils ne sont pas nombreux ce jeudi matin, jour de fête maraîchère, à saisir les tracts Renaissance.
Alors que les militants des divers partis de gauche battent le pavé depuis le début du second tour pour convaincre de voter Arnaud Deslandes (PS) ou Lahouaria Addouche (LFI) dimanche, les partisans de Violette Spillebout ont disparu du paysage de Wazemmes. Enfin, presque.
« Je les vois moins »
Deux militants sont présents aux abords du marché ce jeudi et tentent de faire entendre les propositions de leur candidate. « Je les vois moins. Un « tracteur » est parfois tout seul. Par rapport aux écologistes, aux insoumis et aux socialistes, Renaissance est moins présent sur le terrain », souligne une militante du PS.
Une absence qui s’explique par une situation électorale compliquée. Alors que Violette Spillebout espérait devenir la première maire centriste de la capitale des Flandres, la députée Renaissance a lourdement chuté lors du premier tour des municipales, en ne récoltant qu’un décevant 11,1 % des suffrages.
Deux jours après la défaite, Renaissance a appris une autre mauvaise nouvelle : la fusion entre la liste verte de Stéphane Baly et celle du maire sortant Arnaud Deslandes, balayant les espoirs (déjà très maigres) d’une union entre centristes et socialistes. Un double coup dur qui a forcément douché les espoirs des militants. « On sent qu’ils sont déçus et moins mobilisés. Quand on sait que c’est perdu, c’est dur pour les tracteurs de se remotiver et d’aller sur le terrain », constatent les chalands.
« On veut diminuer au maximum la vague LFI »
Du côté du parti présidentiel, on minimise ce retrait. « On a tout de suite rebondi après la défaite. On est fidèles depuis des années et toujours mobilisés pour obtenir le plus d’élus d’opposition », affirme Eric, bénévole dans le parti Renaissance. « On veut diminuer au maximum la vague LFI et contrer les 25 ans de socialo-écologisme », ajoute Aïssa El Morabiti, 26e sur la liste Faire respirer Lille.

S’ils ne sont pas présents en nombre au marché de Wazemmes, les soutiens de la candidate Renaissance ont préféré s’orienter vers la place Rihour, délaissée par les autres listes ce jeudi. Sept militants du parti présidentiel y tractent à la sortie du métro, bien loin de la guerre de trottoir que se livrent insoumis et socialistes. Parmi eux, la tête de liste Violette Spillebout, qui nie tout défaitisme.
« On est sur tous les quartiers, à Lille-Centre, Saint-Maurice, Lille-Sud. On ne lâche rien. On redouble d’efforts et d’énergie pour convaincre que ce deuxième tour n’est pas une fatalité, que tout n’est pas joué. ». Mais pour quel objectif de campagne ? « Nous voulons avoir le maximum d’élus pour faire fonctionner la démocratie locale au sein du conseil municipal », estime la députée.
Brigitte Liso appelle à voter Deslandes
Pour autant, certains électeurs du parti macroniste pourraient être tentés de voter pour le maire sortant afin de barrer la route aux insoumis. Ils y ont en tout cas été encouragés par la députée Renaissance de la 4e circonscription du Nord, Brigitte Liso. Sur X, elle a appelé les Lillois à faire bloc contre les extrêmes… en ne votant pas pour sa collègue Violette Spillebout : « J’appelle chacun à voter en responsabilité pour Arnaud Deslandes le 22 mars prochain. Ce vote, c’est un vote républicain, c’est celui contre la France insoumise et le Rassemblement national ».
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Un choix que ne digère pas Aïssa El Morabiti. « Ça ressemble plus à une histoire de vengeance qu’autre chose ». « C’est un cas isolé. Brigitte Liso n’est pas dans notre équipe lilloise. Elle ne s’est pas impliquée dans la campagne municipale. Elle fait un choix tout à fait opportuniste », abonde Violette Spillebout.
Si les dissensions au sein de Renaissance sont minimisées, le parti espère surtout convaincre les 48 % d’abstentionnistes lillois du premier tour. Mais aussi les électeurs du candidat LR Louis Delemer, qui avec ses 8 % dimanche dernier, n’a pas pu accéder au second tour.
« Ce n’est pas perdu »
« Ce n’est pas perdu, on y croit encore », clament deux passantes fans du discours de Violette Spillebout. Si Renaissance part de loin à Lille, ce n’est pas la seule liste dans le Nord à jouer les seconds rôles.
A Tourcoing, LFI est également esseulée à la veille du second tour. La tête de liste insoumise Emilie Croës, troisième dimanche dernier, compte trente points de retard sur la maire sortante divers droite Doriane Bécue. Un écart conséquent : « 47 % des suffrages pour le duo Darmanin-Bécue, c’est énorme. Ça sera compliqué d’être devant eux, la marche est très haute », reconnaît un militant du mouvement. « C’est déjà une victoire qu’il y ait un deuxième tour », abonde Lucas, 18 ans qui participe à sa première campagne électorale.

Galvanisés par la tenue d’un second scrutin, les sympathisants s’activent sur différents fronts. Ce jeudi 19 mars, opération porte-à-porte dans le quartier le plus abstentionniste de la ville. À la Bourgogne, dans certains bureaux de votes, seulement 20 % des inscrits se sont déplacés pour le premier tour.
L’ambition d’avoir un groupe d’opposition qui pèse
Des réserves de voix nécessaires pour combler l’écart de voix avec la majorité sortante. « On a une dynamique, un potentiel. Si on parvient à convaincre un abstentionniste sur deux et qu’on a les reports de voix des autres partis de gauche, on peut gagner », estime Hicham En-Naji le directeur de campagne d’Emilie Croës.
Plus terre-à-terre, la plupart des insoumis présents ce jeudi soir espèrent surtout devancer le Rassemblement national, arrivé second dimanche dernier avec 18 % des suffrages. Une sorte de match dans le match. « Le plus important, c’est d’avoir de nombreux sièges dans la MEL. Si on a une bonne opposition au conseil municipal, ça nous permettra d’obtenir des changements sur la durée », espère Nabil .
Pour y parvenir, le mouvement fondé par Jean-Luc Mélenchon a accéléré la campagne sur le terrain. « Les résultats ont été très encourageants. On est encore plus mobilisés qu’au premier tour », se félicite la tête de liste Emilie Croës.
Des ralliements écologiques au cœur de la campagne
Dans les faits, 5 000 nouvelles affiches ont été imprimées, les quartiers abstentionnistes ont été visés en priorité et les troupes se sont davantage mobilisées pour faire campagne. Ce jeudi, ils sont une douzaine à battre le pavé dans le quartier de Bourgogne, soit deux fois plus que les semaines précédentes. Parmi eux, des ralliés de la dernière heure, comme Morgan Delavalle, 20e sur la liste de l’écologiste Katy Vuylsteker, éliminée au 1er tour.
Peu après la défaite des Verts, il a décidé de rejoindre la campagne insoumise. L’appel de la tête d’affiche des Verts à faire battre la droite a joué mais c’est surtout la volonté de faire bloc face à Doriane Bécue qui a motivé Morgan Delavalle : « Il faut qu’il y ait une alternance à la tête de Tourcoing et qu’on mette un coup d’arrêt à la macronie ».
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Si les ralliements sont nombreux, Hicham en-Naji le rappelle, la liste insoumise est dans la position de l’outsider et la qualification au second tour constitue déjà un résultat historique.
Dans d’autres communes du Nord de la France, de nombreux candidats sont dans la même situation et repartent en campagne avec des chances minimes de s’imposer le 23 mars prochain. C’est notamment le cas de la liste UDI d’Alexandre Garcin à Roubaix, du LFI Hugo Bernalicis à Villeneuve-d’Ascq ou encore des représentants RN à Lille, Roubaix ou encore à Lomme.
Yohan Mouchon

