Après une nuit de négociation, Arnaud Deslandes (PS) et Stéphane Baly (EELV) ont décidé de fusionner leurs listes. Mardi matin, une esquisse de programme commun a été publiée. Derrière l’image du « mariage d’amour », cet accord minutieusement calibré met en lumière les compromis acceptés par les socialistes.
Invité par nos confrères d’ICI Nord mardi matin à définir la fusion des deux listes comme un mariage de raison, un mariage arrangé ou un mariage d’amour, Arnaud Deslandes a répondu : « Je dirais que c’est un mariage d’amour. On a renoué une histoire qui s’est longtemps écrite entre les Verts et nous par le passé. (…) On a fait un break 6 ans et on se retrouve maintenant. » La métaphore filée est éloquente : il s’agit bien d’une réconciliation entre les socialistes et les écologistes.
Entre socialistes et écologistes, un équilibre historique
La liste du maire socialiste Arnaud Deslandes, arrivé en tête du premier tour des élections municipales dimanche soir, et la liste des Écologistes menée par Stéphane Baly, arrivée en troisième position derrière La France insoumise, ont annoncé lundi soir leur fusion pour le second tour. Dans la nuit du 15 au 16 mars, entre 23h et 4h30 du matin, elles ont trouvé un terrain commun.
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Julien Poix, co-listier de Stéphane Baly et ex-insoumis passé chez l’Après, soutien des écologistes et partisan de l’alliance avec les socialistes, décrit une première phase consacrée à la gouvernance. « Il fallait faire sauter deux verrous avant de parler du fond : comment on gouverne et comment on aborde cette co-gestion. » De ce point de vue, un accord a été passé. Arnaud Deslandes a annoncé que la nouvelle liste serait composée à 40 % d’écologistes et à 60 % de socialistes. Même schéma au niveau de la gouvernance municipales, sur les 24 adjoints au maire, 10 seront issus des Verts et 14 du parti à la rose.
Pour Julien Poix, cet équilibre est historique : « Pour la première fois, les écologistes vont être considérés à égalité par les socialistes qui gouvernent la ville depuis plus de 70 ans. » Quant au programme en lui-même, il le juge satisfaisant : « La question de la confiance est primordiale. Nous savons que nous allons agir dans le respect mutuel et c’est pour ça que nous avons choisi une option où il y aura peut-être des divergences actées entre les socialistes et nous, plutôt qu’un programme maximaliste où on ne sera pas respectés en tant que parti. »
Des divergences assumées
Parmi les divergences en question, l’expansion de la vidéosurveillance. Arnaud Deslandes s’y est montré favorable au cours de la campagne, à l’inverse de Stéphane Baly. « Nous aurons la liberté de voter sur ce sujet pendant l’année en demandant au préalable une évaluation de l’efficacité de ces caméras, en refusant de valider de nouveaux crédits pour en ajouter et en augmentant plutôt le nombre de policiers. », détaille Julien Poix, qui est désormais 17ème sur la liste d’union. Les Verts préfèreraient déployer davantage de patrouilles dans certains secteurs de la ville et mobiliser plus de forces de l’ordre la nuit.
Si d’autres sujets comme la gratuité des bus pour tous, la réévaluation du tracé du tramway et la refonte du stationnement payant ne sont pas des victoires acquises, mais restent des batailles à mener, d’autres compromis ont en revanche été approuvés par les socialistes. Parmi eux, l’un des points de crispation centraux entre Arnaud Deslandes et Stéphane Baly : la friche Saint-Sauveur.
La friche Saint-Sauveur, le point de bascule
Ce terrain de 23 hectares en plein cœur de la ville déchirait les socialistes, soucieux de construire plus de logements, de bureaux et une piscine, et les écologistes, qui veulent avant tout faire respirer la ville. « Nous avons accepté de ne pas faire de bureaux, a expliqué Arnaud Deslandes, mais seulement des logements, un parc et que la piscine puisse être remise en question sur le site où elle devait s’installer. »
Une concession appréciée par les Verts qui obtiennent un espace végétalisé de 11 hectares, une exigence de Baly depuis le début de la campagne. « Il y a six mois, on se rencontrait et les socialistes ne voulaient pas bouger d’un centimètre, se rappelle Julien Poix. Aujourd’hui, ils ont bougé et c’est écrit noir sur blanc. »
Concessions et méthode commune
Au-delà de Saint-Sauveur, les écologistes ont négocié d’autres compromis dans l’accord rendu public mardi. Parmi eux, le nombre de logements sociaux qui augmentera pour s’appliquer à l’ensemble des opérations immobilières du mandat et pas seulement aux nouvelles constructions comme le prévoyait Arnaud Deslandes. Au moins 60 km de pistes cyclables ont été approuvés. La refonte de Lille 3000, ce festival événementiel que les écologistes ne trouvaient pas assez coopératif et collectif, a été actée. Les conseils de quartiers seront co-présidés par des citoyens et non plus seulement pas un élu.
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Même si la coalition qui s’annonce sera exigeante, elle montre que deux listes peuvent s’entendre quand elles partagent « la méthode et l’éthique », assure Julien Poix. L’ancien insoumis justifie la façon dont les Verts ont tourné le dos à la main tendu de Lahouaria Addouche (LFI) : « La culture politique de LFI repose davantage sur la violence et la confrontation que sur le compromis. » Une position loin d’être partagé par tous ses ex-colistiers de la liste de Stéphane Baly. Lors d’un débat lundi 16 mars, 26 d’entre eux auraient votés en faveur d’une fusion avec la liste insoumise. Reste à voir si les Lilloises et les Lillois seront séduits par cette alliance inattendue le 22 mars.
Alice Clavier

