Après de longues heures de négociations suivant le premier tour des élections municipales à Lille, Stéphane Baly a annoncé s’allier avec le maire sortant, Arnaud Deslandes. Selon nos informations, cette fusion de listes a été faite contre l’avis de la majorité des militants écologistes lillois et des colistiers du candidat écolo.
Lundi 16 mars, 17 h. Au lendemain du premier tour de l’élection municipale à Lille, l’écologiste Stéphane Baly annonce fusionner sa liste avec celle du maire sortant, le socialiste Arnaud Deslandes. Une décision collégiale? La Bataille des beffrois, sur la base des informations recueillies ce mardi, est en mesure d’affirmer que non. Une part importante des colistiers et des militants écologistes penchaient pour une autre voie : un accord avec La France insoumise. Cette union contestée avec le PS sonne-t-elle le début d’une guerre ouverte au sein de feue la liste Lille Demain ? Si elle ne semble pas à l’ordre du jour, les tensions sont fortes.
Dimanche soir. Tout juste remis de leur résultat décevant du premier tour (troisièmes avec 17,8 % des voix), les écologistes se lancent dans les négociations. Deux candidats leur ouvrent grand les bras. Lahouaria Addouche, tête de liste insoumise, deuxième du scrutin (23,4 %), et Arnaud Deslandes, maire sortant socialiste, arrivé en tête (26,3 %).
Conscient de sa position de faiseur de roi, Stéphane Baly joue sur les deux tableaux. « L’équipe de négociateurs se scindait en deux selon les besoins » pour pouvoir négocier en même temps avec LFI et le PS, explique Laurent Perrin, de Génération.S, l’un des négociateurs de Lille Demain.
Les négociations démarrent dans la nuit, pour reprendre le lendemain. À 13 h 30, lundi, la liste Baly se rassemble. Les négociateurs présentent l’état des lieux des deux accords. Un vote à main levée est organisé parmi les colistiers. Selon nos informations, 51 personnes sont présents, sur les 61 que compte la liste. Résultat : 26 en faveur d’une fusion avec les insoumis, 24 pour s’allier avec les socialistes, et une abstention.
« Une faute de démocratie »
Mais Stéphane Baly ne l’entend pas de cette oreille. Sans tenir compte de cette (courte) majorité en faveur de Lahouaria Addouche, la tête de liste choisit Arnaud Deslandes. Il n’en faut pas plus pour mettre le feu aux poudres d’un parti, Les Ecologistes, traditionnellement très engagé sur les questions de concertation. Les Jeunes écologistes, dans un post Instagram, dénoncent lundi soir « une faute de démocratie ». L’organisation de jeunesse du parti, dont quatre membres étaient candidats, annonce se « désolidariser de la liste Lille Demain portée par Stéphane Baly et de la suite qui lui sera donnée ».
Ils sont les premiers à publiquement se dissocier du choix du candidat lillois. « Ce n’est pas un communiqué pro-LFI ou anti-PS, mais bien une question de démocratie interne qui n’a pas été respectée », insiste Axel Harbonnier, responsable des jeunes écologistes du Nord et du Pas-de-Calais, initialement en 27e position sur la liste écologiste.
Stéphanie Bocquet, conseillère départementale écologiste et candidate (dans les dernières places) sur la liste de Stéphane Baly, n’a pas non plus caché son amertume. Elle a publié un post sur Instagram, barré des mots « Not in my name [Pas en mon nom] ». « J’ai un goût de cendres dans la bouche », confie à La Bataille des beffrois la présidente du groupe écolo au Département du Nord.
« Ce qui a été brutal, c’est que c’est la tête de liste seule qui a pris la décision », précise-t-elle. Avant d’admettre que Stéphane Baly était dans son rôle. « La responsabilité de la décision finale, c’est à la tête de liste de l’avoir », renchérit Laurent Perrin.
Hellemmes et Lomme tanguent
Les soutiens de Stéphane Baly assurent que le processus a été démocratique. Julien Poix, qui a mené une liste insoumise en 2020 à Lille avant de se brouiller avec le mouvement et de rejoindre l’écologiste, précise que le vote n’était qu’indicatif. Ce qu’a confirmé Stéphanie Bocquet. Comme Julien Poix, Laurent Perrin tient à souligner « qu’il y a eu un temps d’échange avec les adhérents et que c’est assez démocratique. »
Simon Jamelin, tête de liste à Hellemmes et troisième sur la liste Lille Demain, appuie le choix de Stéphane Baly. « Être tête de liste, ce n’est pas facile. Ça amène parfois à prendre des décisions rapides et en conscience. Ils ont le mandat pour décider des fusions. C’est des moments de la vie politique où l’on doit faire des choix ».
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À Hellemmes, ville associée à Lille où il concourait à la tête de sa propre liste, Simon Jamelin a choisi un autre chemin que Stéphane Baly. Le conseiller départemental a rejeté toute alliance avec le PS, en accord avec ses colistiers. Et en a tiré les conclusions : il a retiré sa liste écologiste à Hellemmes en même temps que sa candidature sur la liste Baly. « C’est un choix politique de cohérence. Je ne peux pas être en accord avec mes colistiers hellemmois pour ne pas faire alliance avec le PS, tout en le rejoignant à Lille pour prendre la 5ème place sur la liste », détaille le l’ex-candidat.

Se retirer de la liste Baly-Deslandes, « ce n’est pas un choix de détestation de ce que font les colistiers lillois », précise-t-il. Même si son choix à Hellemmes a été différent, il dit respecter celui de Stéphane Baly et des candidats qui seront présents sur la liste d’union.
Certains de ses colistiers hellemmois – non encartés – seront présents mercredi 18 mars à un point presse de la liste insoumise de Lucas Fournier, le candidat de la France insoumise à Hellemmes. « Ils continueront à faire campagne pour l’alternance, faire campagne contre le maire actuel et pas directement pour La France insoumise », tient à nuancer Simon Jamelin.
« Beaucoup d’amertume et d’incompréhension »
À titre personnel, l’Hellemmois ne fait plus campagne. « Je vais me reposer et aller voter dimanche. Et mon vote à Lille et à Hellemmes sera probablement différent ».
Les remous provoqués par la décision de Stéphane Baly n’épargnent pas la deuxième ville associée à Lille, Lomme. Dans un communiqué publié ce mardi, 8 candidats de la liste écologiste Lomme Demain dont Saïd Bechrouri et Joffrey Leroy, élus sortants de la commune, dénoncent une démocratie interne « bafouée » et annoncent qu’ils « ne soutiendront pas la nouvelle liste [de fusion PS-Ecologistes] Tout pour Lille Demain pour le second tour de l’élection municipale de Lille ».
Le risque de cette alliance pour les écologistes : perdre leur base militante et électorale. « Le cœur de la campagne c’était « On veut la rupture », confie Louise Ulrich, une étudiante à Sciences Po Lille qui a mené plusieurs actions pour Lille Demain. La jeune femme ressent aujourd’hui « beaucoup d’incompréhension et de colère ». « Je me demande si je n’aurais pas dû aller voir les insoumis pour mettre mon énergie dans leur campagne », regrette la militante, qui n’est pas encartée.
Si la nouvelle liste, Tout pour Lille Demain, arrive en tête dimanche prochain, Stéphane Baly deviendra probablement le premier adjoint de la mairie de Lille. Les écologistes cogéreraient la capitale des Flandres dans un accord historique. Mais à quel coût pour la branche locale du parti ? Si Stéphanie Bocquet annonce qu’elle ne fait pas campagne et n’ira pas au meeting de la liste d’union, elle veut mettre ses forces dans l’unité des verts. « Ma maison, c’est les Écologistes, mon travail maintenant est de faire en sorte que la maison tienne », dit-elle solennellement. Dimanche, elle ira tout de même voter pour le duo Baly-Deslandes.
Vincent Brunet et Vladimir Benlolo

