Élu maire de Faches-Thumesnil (Nord) en 2020, l’insoumis Patrick Proisy est arrivé derrière le candidat divers droite Brice Lauret au premier tour des élections municipales, dimanche 15 mars. Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon pourrait perdre la plus grande municipalité qu’elle contrôlait déjà.
Devant les grilles de l’école maternelle publique Mozart à Faches-Thumesnil (Nord), les derniers enfants se pressent pour arriver à l’heure en classe, ce mardi. Dans cette commune de plus de 18 000 habitants, le premier tour des élections municipales a vu le maire sortant insoumis Patrick Proisy (39,9 %) arriver derrière le candidat divers droite Brice Lauret (41,9 %). Avec un écart infime de 134 votes pour les séparer. La troisième liste, portée par Jean-Marc Levillain, a récolté 18,2 % des voix.
Pourtant, lors du dernier scrutin de 2020, Faches-Thumesnil était devenue la principale municipalité de La France insoumise. Sa tête de liste avait été élue dès le premier tour avec 53 % des suffrages. Avec près de 13 points envolés en six ans, LFI pourrait perdre ce fief dimanche prochain. Une perspective inattendue, pour une partie des parents rencontrés à la sortie de l’école.
« Ça a été une surprise »
« Je m’attendais à ce que le maire sortant ait un plus gros score, souligne Audrey, près de l’entrée du parc de loisirs adossé à l’école. Il y a quand même eu un fort taux d’abstention. » Dans la commune, près de 7 000 électeurs se sont mobilisés pour aller voter dimanche 15 mars. Le taux d’abstention s’élevait à 43,3 %. Légèrement plus élevé que le taux national (42,8 %). La proximité des scores entre Patrick Proisy et Brice Loiret a également été une surprise. « J’étais assez étonnée qu’ils soient assez proches et que l’on doive voter une deuxième fois. Je pensais qu’il y aurait eu plus d’écart », remarque de son côté Anne-Claire. Électrices au premier tour, elles retourneront voter dimanche.
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Installé depuis quatre ans à Faches-Thumesnil, Julien, son fils dans les bras, partage son ressenti sur le mandat du maire sortant. « J’ai énormément déménagé et de tout ce que j’ai pu voir sur d’autres communes, c’est plutôt intéressant ce qui se fait ici. J’ai déjà échangé avec monsieur Proisy parce qu’il emmène ses enfants le matin, c’est bien qu’il soit accessible comme ça. » Il relève néanmoins quelques points négatifs du point de vue de la politique environnementale : une haie située dans le parc en face de son logement arrachée « sans qu’il ait été consulté » ou encore une micro-forêt « laissée à l’abandon » après avoir été plantée par la mairie. « Les citoyens votent et sur des erreurs comme ça, ça peut malheureusement coûter cher. Ce sont des détails, mais quand on vit au quotidien dans un environnement chouette qui se retrouve vite dégradé par un choix de la municipalité, on trouve ça dommage. »
LFI, une étiquette qui ne fait pas l’unanimité
À quelques rues de là, devant l’entrée de la boulangerie du quartier, Cécile, habitante de la commune depuis presque 40 ans, attend du changement au sein de la mairie. « Les gens sont fatigués de tout ce qui se passe à Faches-Thumesnil. On est fatigués d’entendre des trucs qui ne se font jamais. » Lors du premier tour, elle s’est tournée vers le candidat divers droite Brice Lauret. Elle fustige un manque de dialogue avec le maire insoumis. « Je ne l’ai jamais vu dans mon quartier, donc je ne le connais pas. Pourtant, j’habite pratiquement dans sa rue. Je pense que la première fois qu’il est passé, c’est parce qu’il y avait eu le Covid. » Au-delà de ces premiers arguments, c’est aussi l’étiquette politique du parti de Jean-Luc Mélenchon qui la dérange. « C’est quand même un parti d’extrême gauche. Moi je n’aime pas les extrêmes, que ce soit à gauche ou à droite, donc le choix a été vite fait. »
Un avis partagé par Marie-Christine, croisée dans la rue, baguette de pain à la main. « Le maire sortant, on n’en voulait plus. On est contents qu’il ne soit pas en haut de l’échelle », affirme-t-elle. Pendant ses six ans de mandat, Patrick Proisy n’a pourtant pas hésité à aller à l’encontre de son parti. Il a fait de la question de la sécurité l’une de ses priorités avec la volonté d’installer des caméras de vidéosurveillance. Une prise de position qui n’a pas réussi à faire oublier sa famille politique à Marie-Christine. Elle a fait le choix de donner sa voix à la troisième liste « divers » de Jean-Marc Levillain.
On prend les mêmes et on recommence
Pour le second tour des élections, aucune alliance n’a été formée. Ce sera bien une triangulaire qui attend les Faches-Thumesnilois. Jean-Marc Levillain a fermement rejeté une alliance avec Brice Lauret. Et le maire sortant ? « Nous avons échangé mais pour nous dire que nous restions sur nos positions », a confié le chef de la troisième liste à nos confrères de La Voix du Nord. Les habitants feront donc à nouveau face à trois listes identiques pour décider de leur nouvel édile.
Peu importe l’issue de cette campagne, celle-ci aura été entachée par des actes de malveillance envers les candidats. Dans une vidéo partagée sur son compte Instagram lundi 16 mars, Patrick Proisy a indiqué avoir porté plainte après avoir été victime de « menaces ». Le 6 mars, un meeting du maire sortant auquel participait le député insoumis Aurélien Le Coq avait été perturbé par des individus cagoulés. Ces derniers étaient munis de pancartes sur lesquelles étaient inscrits des messages tels que « Justice pour Quentin », en référence à la mort du militant identitaire Quentin Deranque, battu à mort par des antifascistes, le 14 février dernier à Lyon. Patrick Proisy indique que son domicile et celui de Jean-Marc Levillain ont été « repérés par des marquages à la peinture » et que des « tracts mensongers et insultants » ont été distribués dans les boîtes aux lettres.
Ces derniers jours de campagne sont marqués par un regain de tension entre les candidats. Le second tour de ces élections municipales décidera si LFI gardera en sa possession l’un de ses principaux ancrages municipaux.
Laure Morineau

