Au premier tour dimanche, le député RN Thierry Tesson est arrivé en tête à Douai, devant le maire socialiste sortant, Frédéric Chéreau. Une situation inédite dans le département du Nord où aucune commune n’a encore cédé aux sirènes du parti d’extrême droite. Sous la bannière des valeurs républicaines, les candidats de gauche ont annoncé mardi fusionner leurs listes pour contrer le parlementaire lepéniste au 2e tour.
L’extrême droite aux portes du beffroi. À Douai, trois prétendants à la mairie devraient finalement s’affronter au second tour des élections municipales. La situation était inédite : un candidat du Rassemblement national (RN) était arrivé en tête du premier tour. Une première dans cette cité industrielle d’environ 40 000 habitants où l’extrême droite n’avait jamais réussi une telle percée.
Élu député du parti à la flamme en 2024, Thierry Tesson a créé la surprise dimanche en réalisant un score inattendu : 29,7 % des voix exprimées, soit 13 points de plus que lors des dernières élections. Et plus de trois points devant le maire sortant, Frédéric Chéreau (PS), à 26,1 %. En cas de victoire, Douai deviendrait la première commune du département à basculer au RN.
Fusion ou désistement ?
Dès dimanche soir, François Guiffard (DVG), en quatrième position avec 13,6 %, a pris l’initiative en appelant, avec une vidéo postée sur Facebook, à réunir contre le RN « un large front républicain » allant de Coline Craeye (DVD) à Frédéric Chéreau.
Dans le même temps, ce dernier, arrivé en deuxième avec 26,1 %, s’est lui aussi montré pressant : « J’appelle tous les candidats qui ne seront pas présents au deuxième tour à appeler clairement à voter en faveur de la République, mais aussi ceux qualifiés à se retirer pour qu’aucune voix ne manque face au danger de l’extrême droite. »
Lundi, les perspectives d’alliance piétinaient. Si l’appel aux valeurs républicaines restait un point de convergence, Frédéric Chéreau et François Guiffard divergeaient sur la méthode : selon le socialiste, il revenait aux deux derniers candidats en ballotage défavorable, Coline Craeye et François Guiffard, de se désister. Selon La Voix du Nord, le maire sortant avait appelé François Guiffard en vue d’une éventuelle alliance.
Le même François Guiffard s’était fendu d’un communiqué de presse sur Facebook lundi soir. La rupture semblait actée : « Les deux listes nous ont répondu. Les propositions qui nous ont été faites se résumaient toutefois à une demande de retrait de notre candidature, sans qu’un véritable dialogue politique ou programmatique ne puisse s’engager. (…) En conséquence, notre liste sera officiellement déposée demain à midi en préfecture pour le second tour des élections municipales. » Résultat : ce lundi soir, Douai s’en allait tout droit vers une quadrangulaire avec le député RN en position favorable.
« Un choix de responsabilité face à la menace de l’extrême droite »
Mais tout s’est inversé mardi matin : Frédéric Chéreau et François Guiffard ont finalement décidé de fusionner leurs listes pour contrer le parlementaire RN, a appris La Voix du Nord. « Un choix de responsabilité face à la menace de l’extrême droite, mais aussi une vraie proximité sur le fond et les valeurs », a déclaré le maire sortant sur Facebook. En échange de son ralliement, son nouvel allié recevra cinq sièges éligibles. Aussitôt l’accord conclu, François Guiffard a supprimé son communiqué de presse de lundi.
Coline Craeye, en troisième position avec 19,3 %, déplore « cette alliance de circonstances loin des préoccupations des Douaisiens ». Pour elle, impossible d’envisager une fusion avec la liste de Frédéric Chéreau, symbole de « l’immobilisme » qui « a fait le lit du Rassemblement national ». « Ceux qui s’opposaient hier ont choisi de s’allier aujourd’hui. Il n’y a qu’une seule alternative : c’est nous », martèle sur Facebook la Douaisienne.
Thierry Tesson est désormais fragilisé. « Il y a quand même pas mal de votes qui nous sont d’habitude très favorables lors des élections nationales », pointe Hugo Decroocq, son directeur de campagne. Comprendre : si le député RN a bien été élu dans la 17e circonscription du Nord en 2024, 54 % des Douaisiens avaient voté pour son adversaire, qui n’était autre que Frédéric Chéreau.
L’union de la gauche suffira-t-elle pour contrecarrer la montée du RN ? Réponse dimanche.
Taiyo Ogura

