David Guiraud survole le premier tour à Roubaix, la victoire pourrait se jouer en quadrangulaire

Le verdict des urnes est tombé ce dimanche 15 mars à Roubaix et il place David Guiraud (LFI) en tête. Avec 46 % des suffrages exprimés, le député insoumis frôle l’élection dès le premier tour. Mais la ville se prépare à une semaine de tractations intenses : trois autres listes ont franchi la barre des 10 %, ouvrant la voie à une possible quadrangulaire dimanche prochain.

Ce dimanche soir, l’ambiance dans le hall de la mairie témoignait de la fracture politique qui traverse Roubaix. Lorsque le maire sortant, Alexandre Garcin (divers droite), a pris la parole pour commenter les résultats officiels, ses mots ont été en partie couverts par les huées des militants insoumis. Devenu maire en décembre 2025 après la démission d’office de Guillaume Delbar, condamné pour fraude fiscale, M. Garcin, arrivé deuxième avec 20,9 % des voix, tentait de sauver l’héritage d’une majorité installée depuis 2014.

« Roubaix ne doit pas devenir le trophée d’un parti, notre ville mérite mieux que d’être instrumentalisée par le parti de Jean-Luc Mélenchon », a-t-il martelé, opposant une vision de « responsabilité » à celle de « l’extrême gauche ».

La réponse de David Guiraud n’a pas tardé. S’exprimant à l’extérieur de l’hôtel de ville à l’aide d’une enceinte portative, le candidat LFI a fustigé le discours de son opposant : « Vous avez vu le discours, nous allons nous prendre plein de coups. Mais nous ne nous battons pas pour faire un bon score, nous nous battons pour être élus par le plus de Roubaisiens. » Anticipant une semaine de « barrage » à son encontre, il a lancé un appel à la mobilisation des abstentionnistes : « Allez chercher ceux qui ne sont pas là […] Il faut que ceux qui n’y croyaient plus se disent : cette fois, ça peut changer. »

L’inconnue de la quadrangulaire

Malgré l’avance de David Guiraud, l’issue reste suspendue à une possible quadrangulaire. Trois autres listes ont franchi le seuil des 10 %. Derrière Alexandre Garcin, le divers gauche Karim Amrouni a récolté 16 % des voix. Le Rassemblement national – dont la campagne est restée particulièrement discrète – a quant à lui rassemblé 11 % des voix.

La question des alliances est désormais sur toutes les lèvres. Si Karim Amrouni a déjà tendu la main à Nacim Zeglache-Sahli (3,6 %, sous le seuil de fusion des listes) pour faire entendre une « gauche républicaine », il refuse pour l’heure de s’enfermer dans une logique de front anti-LFI. « Je ne vois pas pourquoi nous serions des instigateurs anti-LFI. On vote pour un projet, pour une équipe, je ne suis pas partisan d’être « anti » », a précisé l’orthodontiste. À droite, certains militants espèrent encore un rapprochement pragmatique, voire technique, pour empêcher l’arrivée des insoumis au pouvoir.

Le défi de l’abstention

Le second tour sera avant tout une bataille de participation. Si celle-ci est en nette progression par rapport au scrutin de 2020, marqué par la pandémie de Covid-19 (37 % de participation cette année contre 22,5 % aux dernières élections municipales), elle reste historiquement basse. David Guiraud, qui tablait sur une victoire immédiate grâce aux bureaux des quartiers populaires, a vu son score s’effriter en fin de soirée avec le dépouillement des quartiers plus aisés, traditionnellement ancrés à droite. « Ça fait plus d’un an et demi que je sillonne la ville […] c’est ce qui fait la différence », analysait-il avant de se retirer dans son QG, conscient que le réservoir de voix se trouve désormais chez ceux qui ont boudé les urnes ce dimanche.

Un enjeu national pour La France insoumise

Pour La France insoumise, une victoire à Roubaix dimanche prochain dépasserait largement le cadre municipal. Gagner une ville de près de 100 000 habitants marquerait un tournant historique pour le mouvement, prouvant sa capacité à transformer ses succès aux législatives en une gestion locale pérenne. Dans la stratégie de Jean-Luc Mélenchon, qui s’y est déjà rendu deux fois en un an, Roubaix fait figure de symbole : celui d’une alliance entre les classes populaires issues de l’immigration et une jeunesse militante. Une prise de l’hôtel de ville offrirait à LFI une vitrine institutionnelle majeure dans le Nord, tout en actant l’effacement définitif du vieux socialisme municipal dans ses anciens bastions industriels.

Boubacar Sidiki Haidara et Yohan Mouchon

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