À Dunkerque, un scrutin joué d’avance pour Patrice Vergriete ?

Le maire sortant de Dunkerque, Patrice Vergriete, tentera de remporter un troisième mandat consécutif lors des élections municipales du 15 mars. Il bénéficie du soutien d’une large coalition, qui s’étend du Parti communiste français aux Républicains, dénoncée par l’opposition de gauche et d’extrême-droite.

Patrice Vergriete (Divers gauche) pourra-t-il faire mieux qu’aux précédentes élections municipales ? C’est l’une des principales interrogations qui agite la campagne électorale de Dunkerque. À la tête d’une coalition baroque réunissant Les Républicains, le Parti socialiste, le Parti communiste français et Place publique, le maire sortant avance sans trembler. En 2020, celui-ci l’avait emporté dès le premier tour avec 64 % des voix. 

Un bilan incontestable ?

À la tête de la ville depuis 2014, l’ancien ministre délégué chargé du Logement (2023-2024) puis des Transports (2024) peut se targuer d’un bilan plutôt satisfaisant. Sous ses mandats, le taux de chômage est descendu de 12 % en 2013 à 8,3 % en 2024. Le dynamisme industriel du territoire, au cœur du projet de réindustrialisation français, devrait entraîner la création de 30 000 emplois dans les prochaines années, selon la Chambre de Commerce et de l’Industrie des Hauts-de-France. Mais l’emploi ne se situe pas au cœur du programme présenté par le Dunkerquois de naissance. 

L’édile a choisi de faire de l’écologie une des priorités, en lançant un « Plan ville Nature », qui prévoit le verdissement des berges dans tous les quartiers traversés par un canal. Son programme, baptisé « Bien vivre à Dunkerque », accorde également une large place au logement, à la santé et mais aussi à la sécurité. Patrice Vergriete annonçait au micro d’Ici Nord le recrutement de dix nouveaux policiers municipaux et l’installation de nouvelles caméras de surveillance dans la ville de 85 000 habitants. Un programme transpartisan donc, qui doit satisfaire autant ses soutiens de gauche que de droite. 

Une coalition « toute puissante » dénoncée par la gauche

Cette alliance transpartisane, rare pour une commune de cette taille, a le don d’agacer l’opposition à gauche. Le candidat La France insoumise, Damien Lacroix, déclarait à France 3 Hauts-de-France vouloir proposer « une vraie alternative à gauche », face à une majorité « toute puissante ». « Ils sont tombés sur la tête ? », s’étranglait sur X Manuel Bompard, coordinateur du parti à l’échelle nationale, à propos de la liste de Patrice Vergriete. En réponse à « l’incohérence » de cette coalition, le candidat entend redonner du pouvoir aux citoyennes et citoyens, notamment en instaurant le référendum d’initiative citoyenne (RIC). 

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Un projet qui ressemble à celui porté par Nicolas Fournier, tête de liste Les Écologistes pour la campagne. Interrogé par France 3 Hauts-de-France, le fonctionnaire travaillant aux archives départementales municipales veut lui aussi « remettre la démocratie locale au cœur du mandat  », tout en promettant de « réduire toutes les pollutions » issues du secteur industriel. Plus à gauche, le candidat Lutte ouvrière Clément Bézine fait fi des enjeux municipaux, et concentre son argumentaire de campagne sur la défense des travailleurs : «  Sur ce territoire, on est en train de fabriquer de l’acier pour du matériel militaire […] L’union des travailleurs à l’échelle du monde est nécessaire pour lutter  », expliquait-il à La Voix du Nord

Une opposition d’extrême-droite affaiblie

Si l’opposition de gauche aborde le scrutin avec quelques certitudes (le candidat LFI a réuni 20 % des voix aux élections législatives de 2024), l’extrême-droite y arrive quant à elle affaiblie. Le candidat du Rassemblement national, Adrien Nave, a vu son investiture retirée par la direction nationale du parti le 1er mars dernier. Elle lui reproche la présence sur sa liste d’Antoine La Scola, porte-parole de l’Action française, un mouvement nationaliste d’extrême-droite, et l’effacement d’un proche des cadres du parti. Exclu à titre conservatoire du groupe au sein du conseil régional,  Adrien Nave sera prochainement convoqué en vue d’une exclusion du parti d’extrême-droite. 

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Contacté par France 3 Hauts-de-France, l’ex-candidat affirme avoir demandé lui-même le retrait de son investiture quelques jours avant, et dénonce un règlement de compte public. Celui-ci continue malgré tout sa campagne, dorénavant sans étiquette, comme le rapporte Radio 6. Sans surprise, la sécurité constitue le cœur de son programme, comme il le détaille pour France 3 Hauts-de-France : création de brigade motorisée, renforcement des effectifs de la police municipale et de la brigade cynophile. Il affirme aussi vouloir créer une sorte de Puy du Fou local, « pour faire rayonner notre identité et notre histoire locale », justifie-t-il pour Radio 6. Pour autant, son prédécesseur, Yohann Duval, était arrivé en seconde position aux dernières élections municipales, en rassemblant 15 % des suffrages. Bien loin derrière Patrice Vergriete donc, qui devrait probablement garder son siège au pied du beffroi dunkerquois. 

Séverin Lahaye

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