Alors que les communes sont le premier financeur des acteurs culturels en France, ce sujet est loin d’occuper le devant de la campagne électorale. Dans les Hauts-de-France, des débats spécialisés « culture » sont organisés pour pallier ce manque et informer les citoyens.
Le mardi 10 février, 400 personnes remplissent rapidement l’amphithéâtre de Sciences po Lille pour assister à un débat. Ce soir-là, cinq des neuf candidats lillois aux prochaines élections municipales viennent confronter leur vision sur un thème particulier : la culture.
Ce débat est organisé par l’association Haute Fidélité, qui promeut et accompagne les acteurs des musiques actuelles des Hauts-de-France. Au printemps 2025, elle a lancé l’opération « Causons Culture » pour éclairer le débat public sur cet enjeu. Damien Dusseaux, chargé des études et de l’observation chez Haute Fidélité, nous parle de ce programme.
Qu’est-ce que « Causons culture » ?
« Causons culture » s’inscrit dans une réflexion que nous avons eue en voyant la mobilisation un peu timide du secteur culturel face aux attaques dont il pouvait faire l’objet. Nous avons réfléchi à la manière de développer notre stratégie d’action collective dans ce cadre-là. Nous avons rédigé un kit de plaidoyer pour aider nos structures à interpeller les élus et les candidats aux municipales. L’idée était d’avoir un ensemble de ressources communes pour nourrir le dialogue sur nos enjeux et nos préoccupations.
L’autre volet, c’est l’organisation de ces débats, menée avec le Collectif régional arts et culture. On a le sentiment que la culture n’est pas traitée de manière prioritaire, ni par les élus — puisque ce n’est pas rentable électoralement — ni par les médias. L’objectif est donc de donner de la visibilité à ce sujet et à nos demandes. Il y a un besoin de rendre compte aux citoyens, de façon claire et transparente, des arbitrages politiques qui sont faits sur la culture. Il y a eu le débat à Lille, mais aussi à Sissonne, à Amiens et à Arras. »
Pourquoi les municipales sont-elles un enjeu important pour le secteur culturel ?
« Le bloc local (communes et intercommunalités) représentent les quatre cinquièmes des dépenses culturelles de toutes collectivités territoriales. Elles sont les premiers financeurs de la culture, même devant l’État. Donc, les municipales représentent un enjeu majeur.
On doit s’en saisir car, malgré cela, la culture n’est pas un sujet jugé rentable électoralement par les candidats. Ils parlent plutôt de sécurité ou d’urbanisme. Pourtant, on voit que les maires sont des élus de proximité que l’on peut toucher en tant qu’acteur du secteur associatif culturel. On constate aussi qu’il y a un appétit pour le sujet : le débat à Lille était complet, on a même dû refuser du monde. Il y a une attente, et pas seulement des professionnels, mais de toute la population.
Or, il y a aujourd’hui un contexte d’atteinte à la culture sans précédent, et les communes ainsi que les intercommunalités sont un rempart. On s’inquiète du fait qu’elles ont de moins en moins de marge de manœuvre, puisque leur pouvoir fiscal est très réduit et que l’État leur demande de faire des économies croissantes au fil des années. »
En quoi la culture est-elle attaquée ?
« Il y a une double menace sur le secteur culturel. D’abord, la question budgétaire. Depuis deux ou trois ans, on assiste à des baisses de financements publics très importantes. L’an dernier, la moitié des collectivités territoriales (communes, intercommunalités, départements et régions) ont baissé leur budget culturel par rapport à l’année précédente.
L’autre enjeu est celui des attaques qu’on pourrait qualifier d’idéologiques. La culture est le secteur associatif le plus largement remis en cause par certains élus, au prétexte que le secteur vivrait de l’argent public, que nous serions des « parasites » qui ne seraient pas productifs…
Ces discours, menés au nom de la lutte contre la dette publique, visent à asphyxier les secteurs culturels et associatifs. Nous, nous voulons dire que derrière ces arbitrages budgétaires, ce sont des choix de société qui engagent tout le monde. Ces choix politiques vont entraîner des répercussions très concrètes sur le quotidien de chacun : ce sont des structures qui ferment, une école de musique, de danse ou de théâtre qui est menacée. C’est le café associatif du coin qui risque de disparaître alors qu’il est très précieux, notamment en milieu rural… »
Qu’est-ce que vous avez pensé du débat lillois ?
« À titre purement personnel, je n’ai pas eu le sentiment d’obtenir de gros engagements de la part des candidats qui ont pris part au débat. Il y a des choses intéressantes qui ont été dites sur la fin de la politique événementielle, sur le besoin d’un renouveau… Ce sont des propos que l’on n’aurait jamais entendus à Lille il y a dix ans, c’est assez inédit.
Mais nous aurions aimé en entendre davantage sur les questions artistiques, sur l’accompagnement des artistes, sur la création… C’était un peu frustrant et parfois désincarné dans les interventions. Les candidats ont semblé avoir de l’appréhension sur les sujets économiques car ils sont complexes. Du coup, c’était un peu léger sur la question du modèle économique et sur la transition écologique de notre secteur. »
Propos recueillis par Vincent Brunet

